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Monde03 septembre 2026

Des affrontements entre agences de renseignement ukrainiennes dans les rues de Kiev, trois blessés

Une violente altercation entre le SBU et le HUR a éclaté dans le quartier de Berezniaky, faisant trois officiers du HUR blessés, dont deux dans un état grave.

Des affrontements entre agences de renseignement ukrainiennes dans les rues de Kiev, trois blessés

Kyiv, Un affrontement entre le service de sécurité intérieure ukrainien, le SBU, et l'agence de renseignement militaire, le HUR, a éclaté mercredi dans une rue résidentielle du quartier de Berezniaky, faisant trois officiers du HUR blessés, deux d'entre eux dans un état grave.

Déroulement de la confrontation

Le conflit a commencé lorsque des opérateurs du SBU sont revenus dans un appartement qu'ils prévoyaient de fouiller, transportant le vice‑commandant du Russian Volunteer Corps, Stepan Kaplunov, qui était détenu. Le personnel du HUR, qui gardait l'appartement, a confronté l'équipe du SBU, déclenchant un échange verbal qui s'est transformé en fusillade.

Selon des images diffusées par les médias ukrainiens, les premiers tirs étaient des coups d'avertissement tirés par les officiers du SBU. L'unité d'élite Alfa du SBU est ensuite arrivée sur les lieux, et la vidéo montre une série de balles réelles tirées sur les officiers du HUR qui se tenaient dans l'embrasure de la porte.

L'avocat de Kaplunov, Taras Borovskyi, a déclaré à Ukrainska Pravda qu'un officier du HUR a reçu une blessure à la jambe qui a sectionné une artère, le faisant saigner jusqu'à son admission à l'hôpital. Un deuxième officier était également en état critique, tandis qu'un troisième a subi des blessures moins graves.

Le SBU affirme que ses agents ont utilisé la force pour stopper ce qu'il a qualifié de « résistance armée » du personnel du HUR. Il n'a pas confirmé si des membres du HUR ont riposté.

Contexte du différend

Le point de tension remonte à une arrestation du 23 août. Des agents du SBU ont détenu Kaplunov devant un appartement que le HUR utilise comme base pour ses volontaires. Kaplunov, né en Russie et ancien soldat ayant combattu en Syrie, lutte pour l'Ukraine depuis l'annexion de la Crimée en 2014. Il occupe un poste élevé au sein du Russian Volunteer Corps, une unité composée de ressortissants russes opposés au Kremlin et ayant mené des raids transfrontaliers sur le territoire russe.

Les responsables du HUR soutiennent que la détention par le SBU constituait un enlèvement en plein jour. Une vidéo publiée sur le site NV montre Kaplunov soulevé du sol et placé dans un véhicule, suppliant de ne pas être frappé à la tête à cause d'une vieille blessure.

Après l'arrestation, le SBU a déclaré enquêter sur un supposé complot terroriste contre un leader de l'opposition russe à l'approche des célébrations du jour de l'Indépendance ukrainien le 24 août. L'agence a ensuite allégué que Kaplunov aurait collaboré avec le FSB russe et préparait un assassinat, accusation qui n'a pas été vérifiée de façon indépendante.

Conséquences politiques

Le président Volodymyr Zelensky a condamné l'incident comme « absolument honteux », rappelant que l'usage d'armes à feu est légalement limité à la défense du pays contre les occupants russes. Dans un discours télévisé, il a déclaré : "Ici en Ukraine, il n'est permis de tirer que contre les occupants russes en défense de l'Ukraine."

Suite à ces remarques, Zelensky a limogé Oleh Khramov, chef du département de protection et des secrets d'État du SBU, marquant une mesure rare de responsabilité des hauts responsables de la sécurité pour des violences intra‑gouvernementales.

Kyrylo Budanov, chef du bureau présidentiel et ancien directeur du HUR, a demandé une enquête indépendante, affirmant : "Personne n'a le droit d'enlever des membres des forces armées en toute impunité, de tirer dans les rues de nos villes, ou d'émettre et d'exécuter des ordres criminels."

Réaction de la propagande russe

L'incident a rapidement été exploité par les blogueurs de guerre russes et les médias alignés sur l'État. Des chaînes Telegram comme Military Informant ont qualifié l'épisode de « petite guerre » qui éclate dans la capitale ukrainienne, tandis que le canal Two Majors se moquait des deux services pour « régler leurs comptes avec des fusils d'assaut devant les fenêtres d'autrui ».

Le propagandiste vétéran Alexandre Kots a publié sur son fil Telegram que la confrontation était « très intéressante » et a incité ses abonnés à suivre les développements, présentant le différend interne ukrainien comme la preuve du chaos au sein de l'État ukrainien.

Contexte historique de la rivalité inter‑agences

Les désaccords entre le SBU et le HUR ne sont pas nouveaux. Au début de l'invasion russe, les deux structures se disputaient influence, ressources et contrôle opérationnel. Le SBU emploie aujourd'hui environ 30 000 agents, proche de la taille du FBI américain, tandis que le HUR a également connu une expansion, bien que moindre.

Un incident souvent cité est la mort de Denys Kireiev, ancien officier du HUR qui aurait infiltré les services de renseignement russes avant l'invasion. Budanov a accusé le SBU d'avoir assassiné Kireiev en mars 2022, accusation que le SBU a rejetée, attribuant le décès à une mauvaise identification comme agent russe. Le bureau présidentiel a ensuite suggéré qu'une mauvaise coordination entre les services avait contribué à la tragédie.

Ces frictions internes ont suscité des inquiétudes chez les partenaires occidentaux quant à l'efficacité du dispositif de renseignement ukrainien, d'autant que le pays dépend fortement d'informations précises pour coordonner défense et aide humanitaire.

Développements plus larges de la guerre

Alors que l'affrontement dans les rues de Kiev dominait les gros titres nationaux, les combats sur le front continuaient d'évoluer. Le canal d'État russe Slivochny Kapriz a publié des chiffres affirmant que les forces russes avaient gagné net 220 kilomètres carrés de territoire en août, contre 176 kilomètres carrés en juillet. Des analystes indépendants de l'Institute for the Study of War (ISW) aux États‑Unis ont rapporté un gain net plus modeste de 90 kilomètres carrés, ou 123 kilomètres carrés en incluant les zones d'infiltration.

Le fossé entre les sources russes et pro‑ukrainiennes reflète un écart d'information croissant depuis le début du conflit. Un analyste ukrainien connu sous le nom de Vitalii a souligné que le côté russe revendique désormais environ 5 000 kilomètres carrés de territoire de plus que le projet de cartographie DeepState UA, un écart qui était inférieur à 2 000 kilomètres carrés en janvier.

Escalade des attaques contre les infrastructures civiles

Des données publiées par le site Tochnyi et analysées par le spécialiste français de l'OSINT Clément Molin ont montré une forte hausse des frappes russes sur les entrepôts civils ukrainiens en août, avec 140 attaques enregistrées, contre 10 à 20 par mois au début de l'année.

Molin a lié cette augmentation à la campagne ukrainienne visant les lignes logistiques dans les régions du sud occupées par la Russie, notant que, face aux difficultés à toucher directement les convois d'approvisionnement ukrainiens, la Russie s'est tournée vers les entrepôts et les stations-service en retrait. Il a rejeté les affirmations selon lesquelles ces attaques seraient sans lien avec les opérations ukrainiennes, arguant que le schéma de fréquence accrue ne pouvait être fortuit.

Les responsables ukrainiens ont reconnu la capacité de la Russie à intensifier le conflit à volonté, soulignant la nécessité d'un moyen de dissuasion crédible pour obtenir un cesse‑feu durable.

Coût humain du conflit élargi

Selon le projet open‑source Oryx, qui recense les pertes d'équipement à partir de preuves photographiques, les forces russes ont perdu 24 052 pièces d'équipement lourd en août, dont 4 443 chars, dont 3 348 ont été détruits au combat. Les forces ukrainiennes ont signalé la perte de 12 052 pièces d'équipement, dont 1 460 chars, avec 1 121 détruits.

Ces chiffres illustrent l'attrition constante subie par les deux camps, même si les lignes de front ne bougent que marginalement. Pour les Ukrainiens ordinaires, les bombardements continus des infrastructures civiles, comme l'incendie de la ville minière de Dobropillia, se traduisent par des déplacements, la perte de moyens de subsistance et une insécurité accrue.

Implications pour les partenaires européens

Pour les États membres de l'UE, l'incident soulève plusieurs préoccupations pratiques. D'abord, la fiabilité du partage de renseignement ukrainien est essentielle pour coordonner sanctions, aides militaires et mesures de cybersécurité. Une fissure visible entre le SBU et le HUR pourrait compliquer le flux d'informations exploitables vers les capitales européennes.

Ensuite, l'épisode souligne l'importance de mécanismes de contrôle robustes pour les services de sécurité bénéficiant de financements occidentaux. Le Fonds européen pour la paix et d'autres programmes d'assistance exigent souvent que les pays partenaires démontrent responsabilité et respect de l'État de droit.

Enfin, la confrontation met en lumière la dimension humaine de la guerre : les citoyens ukrainiens continuent de subir à la fois l'agression extérieure et les discordes internes. La solidarité européenne, qu'elle se manifeste par l'aide humanitaire, les fonds de reconstruction ou le soutien aux réformes judiciaires, reste cruciale pour stabiliser un pays qui navigue encore les pressions d'un conflit prolongé.

Perspectives

Le SBU a annoncé une enquête interne sur l'usage des armes à feu, tandis que le bureau présidentiel a promis un examen « complet et indépendant » de l'ensemble de l'incident. Budanov a appelé à une enquête plus large sur les problèmes systémiques qui permettent de telles confrontations.

En attendant, les deux agences ont reçu l'ordre d'éviter de nouvelles confrontations publiques, et une structure de commandement conjoint temporaire est à l'étude pour améliorer la coordination lors d'opérations impliquant des détenus de haut niveau.

Alors que la guerre s'éternise, cet épisode rappelle que, même si l'Ukraine combat un envahisseur extérieur, la cohésion interne de ses institutions de sécurité est indispensable pour maintenir la confiance du public et assurer l'efficacité de l'effort de défense global.

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