L'Ukraine intensifie les frappes contre les raffineries alors que l'affirmation de Trump sur un cesse‑feu s'avère infondée
Une nouvelle attaque ukrainienne sur une raffinerie russe à Syzran montre qu'aucun cesse‑feu sur les infrastructures énergétiques n'existe entre Kyiv et Moscou.

L'Ukraine a lancé mardi une nouvelle frappe contre une raffinerie de pétrole russe à Syzran, rappelant que le prétendu cesse‑feu sur les cibles énergétiques entre Kyiv et Moscou n'existe pas.
Des records de frappes sur les raffineries russes
Selon le groupe de surveillance open‑source ukrainien Oko Hora, les forces ukrainiennes ont touché 70 cibles sur le territoire russe en août, le plus haut total mensuel depuis le début de la guerre en février 2022. Parmi elles, 23 étaient des raffineries de pétrole, un nouveau record, et 23 autres étaient des entrepôts logistiques. Certaines installations ont été frappées à plusieurs reprises ; la carte d'Oko Hora montre une raffinerie touchée cinq fois et plusieurs autres deux fois.
« Pour le deuxième mois consécutif, nous établissons de nouveaux records du nombre de frappes, y compris sur les raffineries, les aérodromes et les centres logistiques », a déclaré le groupe dans un communiqué. Ces données suggèrent une escalade délibérée de la campagne visant à réduire la capacité de raffinage russe, une stratégie que Kyiv affirme vouloir exercer pour faire pression sur le Kremlin avant l'hiver.
Le récit erroné de Trump sur le cesse‑feu
L'affirmation de l'ancien président américain Donald Trump selon laquelle l'Ukraine et la Russie auraient convenu de ne plus viser les infrastructures énergétiques de l'autre a rapidement été démystifiée par les médias occidentaux et les responsables de Kyiv. Cette annonce semblait davantage chercher à rejeter la responsabilité de la hausse des prix du diesel aux États‑Unis sur les actions ukrainiennes que de refléter la réalité.
Dans une série de tweets, Trump a écrit que « la hausse du prix du diesel dans le monde est principalement causée par la guerre Russie‑Ukraine, pas l'Iran ». Il a répété cette phrase lors d'une interview télévisée, liant la flambée des prix aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. Les analystes soulignent toutefois que la guerre en Iran et la fermeture du détroit d'Hormuz sont les facteurs dominants.
Des données de l'Institut de l'École d'économie de Kyiv, citées par le Financial Times, estiment que le conflit dans le Golfe Persique a réduit les exportations de diesel de 152 millions de barils entre mars et août, soit plus du double de la réduction de 68 millions de barils due aux restrictions d'exportation russes. Les chercheurs concluent que la guerre iranienne a un impact 2,2 fois supérieur sur les prix mondiaux du diesel que les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes.
Les graphiques de l'U.S. Energy Information Administration confirment que les prix du diesel sur les autoroutes américaines n'ont commencé à grimper fortement qu'en mars, après l'escalade iranienne, alors que les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes se sont intensifiées plus tard au printemps et en été.
Ce que signifierait un vrai cesse‑feu pour les Européens
Les consommateurs européens ressentent déjà les effets de la hausse des coûts du carburant, avec une augmentation du diesel et de l'essence dans de nombreux marchés. Un véritable cesse‑feu sur les infrastructures énergétiques pourrait alléger la pression sur les marchés pétroliers mondiaux, réduire les coûts de transport des marchandises et diminuer les pressions inflationnistes sur les ménages.
En pratique, la réalité reste sombre. La Russie continue de viser les sites énergétiques ukrainiens, privant des millions d'Ukrainiens d'un chauffage fiable pendant les hivers rigoureux. Dans une déclaration, le président Volodymyr Zelensky a indiqué que l'Ukraine reste ouverte à une suspension mutuelle des attaques, mais doute de la volonté de la Russie de respecter un tel accord.
« L'Ukraine a proposé à ses partenaires de sécuriser un accord avec la Russie qui arrêterait la destruction des infrastructures critiques », a écrit Zelensky sur les réseaux sociaux. « Nous ne sommes pas convaincus que la Russie soit prête à respecter un tel accord. »
Les analystes du Financial Times notent que le président Vladimir Poutine semble réticent à négocier un cesse‑feu avant l'hiver, estimant que la poursuite des frappes sur les installations énergétiques ukrainiennes pourrait contraindre Kyiv à faire des concessions.
Parallèles historiques et coût humain
Certains commentateurs comparent le schéma actuel de frappes en arrière‑plan à la « guerre des villes » entre l'Iran et l'Irak dans les années 1980, où les deux parties bombardaient les centres civils pour briser le moral. Le think‑tank russe Conflict Intelligence Team trace une ligne plus longue jusqu'à la « chevauchée » médiévale, stratégie de dévastation des campagnes ennemies pour saper la stabilité économique et la confiance dans les autorités.
« La « chevauchée » de Poutine actuelle poursuit des objectifs similaires : infliger un maximum de dommages économiques à l'Ukraine, paralyser la vie civile, miner la confiance du public dans le gouvernement ukrainien et augmenter le coût pour les alliés occidentaux du soutien au pays », ont écrit les analystes du CIT.
Pour les Ukrainiens ordinaires, le lourd tribut est immédiat. Zelensky rappelle sans cesse que les installations énergétiques, les ports, les hubs logistiques et même les entrepôts de denrées alimentaires et de médicaments sont constamment attaqués, menaçant non seulement l'effort de guerre mais aussi l'accès civil aux services essentiels.
Attaques russes sur les stations‑service de Kyiv
Dans un miroir des frappes ukrainiennes, les forces russes ont touché mardi deux stations‑service à Kyiv, faisant un mort et huit blessés. Les attaques ont été filmées sur les réseaux sociaux, où les utilisateurs ont condamné le ciblage d'infrastructures civiles.
« La Russie a frappé deux stations‑service à Kyiv ce matin. Un mort, huit blessés. C'est le type de « cesse‑feu énergétique » que l'on peut attendre de la Russie », a publié un journaliste ukrainien sur Twitter, soulignant l'asymétrie entre la rhétorique et les actions des deux parties.
Pertes militaires globales
Les données compilées par le projet open‑source Oryx montrent qu'au 14 septembre, la Russie avait perdu 24 098 pièces d'équipement lourd depuis le début de la guerre, dont 4 447 chars, dont 3 352 détruits au combat. Les pertes ukrainiennes s'élevaient à 12 143 équipements, dont 1 462 chars, dont 1 120 détruits.
Ces chiffres, basés sur des preuves photographiques, illustrent le coût matériel élevé du conflit pour les deux camps, alors que la guerre se déplace de plus en plus vers des frappes stratégiques sur les infrastructures plutôt que des combats de ligne de front.
Implications pour la sécurité énergétique européenne
La dépendance de l'Europe au pétrole et au gaz russes a déjà été réduite grâce à des efforts de diversification, mais la poursuite des frappes sur les raffineries russes et les sites énergétiques ukrainiens ajoute une incertitude supplémentaire aux chaînes d'approvisionnement mondiales. Alors que l'UE a renforcé ses réserves stratégiques et accéléré le déploiement des capacités renouvelables, la volatilité des marchés du carburant reste une préoccupation majeure pour les décideurs.
Les syndicats européens ont averti que la hausse des prix de l'énergie toucherait les salaires réels des travailleurs, notamment dans les secteurs du transport et de la logistique déjà sous pression. La Confédération européenne des syndicats a appelé à une meilleure coordination entre les États membres pour protéger les ménages des pics de prix, en proposant des subventions ciblées et des plafonds de prix.
Parallèlement, les groupes industriels soutiennent que tout arrêt artificiel des attaques sur les infrastructures énergétiques créerait un faux sentiment de sécurité et réduirait l'incitation de la Russie à diversifier ses propres exportations, prolongeant ainsi la dépendance du marché à des approvisionnements volatils.
Quelles perspectives ?
Avec l'offensive ukrainienne dans le nord‑est du Donetsk, baptisée « Opération Vivaldi », qui réalise de modestes gains, Kyiv semble concentré sur la reconquête du territoire tout en maintenant la pression sur les actifs énergétiques russes. Le 3e corps d'armée a annoncé la libération de plusieurs villages au nord de Lyman, nettoyant 75 km² d'infiltrés et sécurisant 10 km² supplémentaires.
Le général de brigade Andriy Biletskyi a décrit l'opération comme la première « saison » de Vivaldi, laissant entrevoir une campagne prolongée visant à repousser les forces russes au-delà de la ligne du fleuve Chornyi Zherebets.
Aux États‑Unis, les élections législatives de novembre prochain pourraient influencer la façon dont l'administration Trump continue de cadrer l'impact économique de la guerre. Les critiques soutiennent que la focalisation de Trump sur la responsabilité de l'Ukraine dans la hausse des prix du carburant détourne l'attention des conséquences plus larges des actions américaines au Moyen‑Orient et du régime de sanctions contre la Russie.
En attendant, les gouvernements européens devront concilier le soutien à l'Ukraine avec les pressions internes liées à la hausse des coûts énergétiques. La Commission européenne devrait présenter ce mois‑ci un nouveau paquet de mesures pour stabiliser les marchés du carburant, incluant possiblement des libérations coordonnées de réserves stratégiques et une aide ciblée aux ménages à faibles revenus.
Alors que la guerre entre dans sa cinquième année, le schéma de frappes sur les infrastructures énergétiques devrait persister, les deux camps utilisant le carburant comme levier dans un conflit qui brouille de plus en plus la frontière entre cibles militaires et moyens de subsistance civils.

