La couche d'ozone montre des signes de reprise mais le risque UV reste élevé en Europe
Les données de l'OMM confirment une amélioration de l'ozone, tandis que l'indice UV augmente dans de nombreuses régions européennes.

Les données de l'Organisation météorologique mondiale publiées cette semaine montrent que le trou d'ozone antarctique enregistré en 2024 était le quatrième à cinquième plus petit depuis le début du suivi systématique en 1992, et pour la deuxième année consécutive il était bien en dessous de la moyenne 1990‑2010. Ce constat confirme que la couche d'ozone protectrice, qui se reconstruit lentement depuis le tournant du millénaire, est en bonne voie de se rétablir complètement d'ici quelques décennies.
Un risque sanitaire qui augmente malgré les progrès
Le même rapport signale toutefois une préoccupation croissante pour la santé publique : plusieurs parties de l'hémisphère nord, dont de vastes étendues d'Europe, connaissent davantage de jours avec un indice UV élevé. L'indice UV, une échelle reconnue internationalement, mesure l'intensité du rayonnement ultraviolet solaire qui atteint le sol.
Pourquoi les niveaux UV grimpent malgré la reprise de l'ozone
Depuis le milieu des années 1990, les scientifiques ont documenté une hausse pouvant atteindre 20 % du rayonnement UV dans certaines localités européennes. Cette augmentation est principalement liée à des ciels plus dégagés et à des périodes plus longues d'ensoleillement, plutôt qu'à un retour en arrière de la récupération de l'ozone. Moins de nuages laissent passer davantage de lumière ultraviolette jusqu'à la surface, augmentant le risque de cancers de la peau, de cataractes et d'autres problèmes de santé.
"Le suivi atmosphérique est essentiel pour protéger la couche d'ozone et, par extension, la vie sur Terre", a déclaré Laurence Rouil, directrice du service de surveillance de l'atmosphère Copernicus au Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme. Elle a ajouté que la zone du trou d'ozone de 2026 s'était étendue plus tôt que d'habitude en septembre, même si la plupart des autres diagnostics restaient proches des normes historiques. "Aucun diagnostic unique ne peut raconter toute l'histoire", a averti Rouil, soulignant la nécessité d'un ensemble de données complet.
Capacité de suivi sous pression
Le suivi précis des tendances de l'ozone et des UV dépend d'un réseau dense de spectrophotomètres au sol. L'Europe bénéficie de l'un des réseaux les plus étendus au monde, le consortium EuBrewNet coordonnant une cinquantaine d'instruments et un centre régional de calibration en Espagne assurant la cohérence du réseau. Cependant, le tableau mondial est moins rassurant : le nombre total de stations de surveillance de l'ozone dans le monde est passé d'environ 130 au début des années 2000 à près de 110 aujourd'hui, de nombreux sites ayant fermé dans des régions où les données étaient déjà rares.
Cette réduction de la couverture pourrait freiner les systèmes d'alerte précoce et limiter la capacité à détecter des anomalies régionales. Les experts insistent sur le fait qu'un investissement soutenu dans les infrastructures de suivi est vital, surtout que les changements climatiques affectant les modèles nuageux pourraient encore modifier l'exposition aux UV.
Contexte politique et défis futurs
La reprise à long terme de la couche d'ozone doit beaucoup au Protocole de Montréal de 1987, qui a imposé l'élimination progressive des chlorofluorocarbures (CFC) utilisés dans la réfrigération, les propulseurs d'aérosols et les mousses anti‑incendie. Le traité est largement considéré comme un exemple réussi d'action internationale coordonnée, et son héritage se manifeste aujourd'hui dans la réduction de la taille du trou d'ozone antarctique.
Cependant, le protocole ne traite pas des moteurs du changement climatique, qui proviennent de l'augmentation des concentrations de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre. Si la question de l'ozone et le changement climatique sont distincts, les deux affectent la santé publique et nécessitent des cadres réglementaires solides. Certains observateurs notent une pression des États‑Unis pour que l'UE assouplisse certaines mesures de contrôle des produits chimiques, une évolution qui pourrait compromettre l'approche de précaution qui a protégé la couche d'ozone.
Implications pour les citoyens européens
Pour les citoyens européens, la conséquence pratique est claire : même si la couche d'ozone se répare, les risques sanitaires liés au soleil ne disparaissent pas. Les agences de santé publique sont appelées à maintenir, voire à renforcer, les campagnes de prévention du cancer de la peau, à promouvoir l'usage de la crème solaire et à encourager le port de vêtements protecteurs lors des journées à indice UV élevé.
Les syndicats et les associations de consommateurs ont réclamé une plus grande transparence autour des prévisions UV et que les lieux de travail, en particulier ceux en plein air, adoptent des consignes de sécurité reflétant les dernières données scientifiques. Parallèlement, la Commission européenne devrait examiner le financement des programmes de suivi atmosphérique lors de son prochain cycle budgétaire, les ONG environnementales faisant pression pour davantage de ressources.
En résumé, le rebond progressif de la couche d'ozone est une source d'optimisme prudent, mais la hausse de l'exposition aux UV à travers l'Europe souligne la nécessité d'une vigilance continue, d'investissements dans le suivi et de mesures de santé publique qui protègent les populations des dangers cachés du soleil.

