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Opinion18 septembre 2026

Les deux scrutins berlinois révèlent des droits de vote inégaux pour les migrants de l'UE

À Berlin, les résidents de l'UE peuvent voter aux élections locales mais sont exclus du parlement de la ville, soulignant une fracture démocratique au cœur de l'Union.

Les deux scrutins berlinois révèlent des droits de vote inégaux pour les migrants de l'UE

Berlin est envahie cette semaine d'affiches de campagne, mais la ville organise non pas une mais deux élections avec deux corps électoraux distincts. Alors que tous les habitants peuvent voter pour les 12 assemblées de quartier qui gèrent les écoles, les parcs et les services jeunesse, seuls les ressortissants allemands sont autorisés à choisir les membres du parlement de la ville qui décide du programme scolaire, de la politique de logement de l'ancien aéroport de Tempelhof et du budget global.

Cette distinction compte pour les quelque 250 000 citoyens de l'UE qui vivent dans la capitale allemande. Ils peuvent influencer les décisions qui touchent leur quartier immédiat, comme l'affectation de fonds pour une nouvelle aire de jeux ou l'entretien d'une bibliothèque locale, mais ils n'ont aucun mot à dire sur les choix stratégiques qui façonnent Berlin dans son ensemble.

Pourquoi cette scission existe‑t‑elle

Le double statut de Berlin, à la fois ville et État fédéral, est une particularité de l'histoire constitutionnelle allemande. Le droit européen garantit aux citoyens de l'UE le droit de vote aux élections municipales du pays où ils résident, mais il ne l'étend pas aux scrutins régionaux ou nationaux. Ces élections de niveau supérieur restent l'apanage exclusif des citoyens du pays hôte.

Ainsi, un ressortissant de l'UE vivant à Munich a pu voter pour le maire plus tôt cette année, alors qu'un autre résident de l'UE à Berlin ne pourra pas élire le maire qui siège au Rotes Rathaus. L'Union européenne laisse à chaque État membre le soin de décider s'il élargit le droit de vote aux élections d'État ou nationales, et seuls quelques pays l'ont fait.

Précédents européens et ironie britannique

Avant de quitter le bloc, le Royaume‑Uni a accordé le droit de vote aux citoyens de l'UE pour l'Assemblée de Londres, le Parlement écossais et le Senedd gallois. En pratique, un ressortissant de l'UE résidant dans la Grande‑Bretagne post‑Brexit bénéficie aujourd'hui d'une voix démocratique plus large que son homologue vivant dans de nombreux autres pays de l'UE.

En mars, Marilena Raouna, alors vice‑ministre chypriote aux Affaires européennes et ministre responsable de la présidence du Conseil de l'UE du pays, a résumé le principe qui sous-tend l'approche de l'UE : "La liberté de circulation doit aller de pair avec la capacité pleine et égale de participer à la vie démocratique." Les récentes mesures du Conseil pour simplifier les procédures de vote local sont un pas en avant, mais elles ne traitent que la surface d'une question constitutionnelle plus profonde : à quoi doit ressembler la citoyenneté politique dans une Union où des millions vivent de façon permanente en dehors de leur pays de naissance.

De Maastricht à aujourd'hui

Depuis le traité de Maastricht de 1992, les citoyens de l'UE peuvent voter aux élections municipales du pays de résidence et aux élections du Parlement européen. À l'époque, cette disposition était perçue comme une avancée audacieuse vers une Europe plus intégrée. Plus de trente ans plus tard, beaucoup estiment que la règle est de plus en plus en décalage avec une réalité où familles, travailleurs et retraités traversent régulièrement les frontières et s'enracinent loin de leurs passeports.

Le paradoxe est frappant : les citoyens de l'UE élisent des responsables qui décident de tout, de la régulation du stationnement au financement des bibliothèques, et ils votent aussi pour des représentants qui façonnent la politique commerciale de l'UE et régulent les géants technologiques. Pourtant, ils sont exclus du niveau intermédiaire de gouvernance qui détermine les réseaux de transport régionaux, les stratégies de logement et la planification environnementale, des décisions qui impactent directement leur quotidien.

Voix du terrain

Durant la campagne, un candidat du parti paneuropéen Volt a collé dans les rues des affiches demandant, sans détours, pourquoi les résidents de l'UE devraient être traités comme des électeurs de seconde classe. Un couple autrichien, installé à Berlin depuis de nombreuses années, s'est arrêté pour discuter. Ils ont expliqué qu'ils pouvaient voter pour le président autrichien depuis leur pays d'origine, mais qu'ils préfèreraient largement pouvoir influencer les élections qui décident si un nouveau bloc de logements sera construit sur l'ancien aéroport ou si une nouvelle piste cyclable sera aménagée dans leur rue.

Ce sentiment reflète une frustration plus large parmi les migrants qui ont pleinement adopté l'intégration européenne, se déplaçant pour le travail, les études ou la famille, pour découvrir que leur influence politique est limitée au niveau où elle compte le plus.

Conséquences pour les travailleurs et les ménages

Le fossé démocratique a des conséquences concrètes pour les citoyens ordinaires. La politique du logement, par exemple, est un facteur clé du coût de la vie à Berlin, une ville déjà confrontée à la hausse des loyers et à la pénurie de logements abordables. Lorsque les décisions concernant la reconversion du Tempelhofer Feld sont prises au niveau du parlement de la ville, les résidents sans droit de vote ne peuvent pas influencer directement les résultats qui pourraient affecter leur loyer ou le caractère de leur quartier.

De même, le financement des transports, sujet récurrent du débat électoral berlinois, est attribué par le parlement municipal. Sans représentation, les résidents de l'UE n'ont aucun canal formel pour réclamer de meilleures liaisons de transport public, susceptibles de réduire les coûts de déplacement et les émissions de carbone.

Appels à la réforme

Les défenseurs affirment que l'extension du droit de vote aux élections régionales corrigerait non seulement un déficit démocratique, mais renforcerait également la revendication de l'UE d'être plus qu'un simple bloc économique. Ils soulignent que de nombreux citoyens de l'UE participent déjà aux élections du Parlement européen, pourtant le taux de participation reste faible, en partie parce que les électeurs se sentent déconnectés des enjeux.

Accorder le droit de vote aux scrutins d'État ou régionaux pourrait augmenter l'engagement, donner aux migrants un intérêt direct dans les résultats politiques locaux et réduire le sentiment d'aliénation qui alimente les récits populistes. Cela alignerait également le cadre juridique de l'Union sur la réalité d'une main‑d'œuvre mobile qui contribue aux recettes fiscales, aux systèmes de sécurité sociale et au tissu culturel des sociétés d'accueil.

Obstacles politiques

Les gouvernements nationaux restent méfiants. L'extension du suffrage pourrait être perçue comme une perte de souveraineté, un sujet sensible dans les pays où le débat sur l'immigration domine la politique. Certains craignent que les nouveaux arrivants puissent influencer les résultats électoraux dans les régions où ils sont concentrés, bien que les preuves provenant des pays qui ont élargi le droit de vote, comme le Royaume‑Uni, montrent un impact modeste.

Néanmoins, le principe d'une participation démocratique égale gagne du terrain parmi les organisations de la société civile, les syndicats et les partis progressistes à travers l'Europe. Ils soutiennent qu'une Union véritablement inclusive doit garantir que ceux qui vivent, travaillent et paient des impôts dans un État membre puissent également façonner les politiques qui affectent leur vie.

Perspectives

Alors que les élections de quartier à Berlin se terminent et que le vote à l'échelle de la ville approche, les activistes prévoient de maintenir la question sous les projecteurs. Affiches, débats de rue et campagnes sur les réseaux sociaux visent à faire pression sur le gouvernement allemand et les institutions européennes pour qu'ils reconsidèrent l'arrangement actuel.

Si l'UE est sérieuse au sujet de la liberté de circulation comme droit fondamental, la prochaine étape consistera à associer cette liberté à des droits politiques au niveau régional. D'ici là, les millions de citoyens de l'UE qui ont construit leur vie dans un autre État membre resteront des citoyens de nom seulement lorsqu'il s'agira de façonner les communautés qu'ils appellent chez eux.

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