Les forces ukrainiennes repoussent les troupes russes de Lyman et libèrent plus de 200 kilomètres carrés
Une offensive menée par le 3e Corps d'Armée a reconquis environ 200 km² au nord de la ville stratégique de Lyman, marquant l'une des victoires ukrainiennes les plus importantes de 2026.

Selon l'analyste open source français Clément Molin, les troupes ukrainiennes ont repris près de 200 kilomètres carrés de terrain au nord de la ville stratégique de Lyman. L'offensive, qui a démarré à la fin du mois de mai, a repoussé les forces russes jusqu'à la rive ouest de la rivière Zherebets et est décrite comme l'une des victoires ukrainiennes les plus importantes de 2026.
Déroulement de l'opération
L'action, menée par la 3e Brigade d'Assaut du 3e Corps d'Armée en coopération avec les 60e et 66e brigades, a commencé le 22 mai avec une poussée mécanisée depuis les forêts à l'est d'Izium. En quelques jours, les unités ukrainiennes ont sécurisé le village de Nove, créant un point d'appui qui a permis des avancées supplémentaires à travers un bois fortement fortifié.
Dans le fil détaillé de Molin du 8 septembre, l'assaut initial a été soutenu par un brouillage électronique intensif qui a perturbé l'activité des drones russes. Les forces ukrainiennes ont rencontré des drones à fibre optique, capables de voler uniquement à basse altitude, qui ont infligé des dommages limités aux véhicules avant d'être neutralisés.
Au 1er juin, le village de Nove était largement dégagé, et à la mi-juillet, les troupes ukrainiennes ont pris le bourg voisin de Zelena Dolyna. La poussée s'est poursuivie vers l'est, les combats se concentrant le long de deux axes : une poussée principale depuis Nove vers le sud, et des lignes de soutien secondaires à l'est et à l'ouest destinées à enfermer le saillant.
À la mi-août, la ligne ukrainienne atteignait les faubourgs nord de Kolodiazi, coupant efficacement le protrusion russe qui menaçait de contourner la ceinture fortifiée protégeant Sloviansk et Kramatorsk. Une seconde attaque mécanisée le 24 août a élargi la poche, créant un corridor permettant aux unités russes de se replier.
Cartographie du territoire libéré
Les cartes publiées par Molin et corroborées par le compte AKM Mapping montrent la zone libérée s'étendant du fleuve Nitrius à l'ouest jusqu'à la rivière Zherebets à l'est. Alors que le compte AKM estime le terrain reconquis à 151 kilomètres carrés, les chiffres de Molin restent légèrement supérieurs à 200 kilomètres carrés.
Réaction russe et guerre de l'information
Les médias russes se sont montrés inhabituellement réservés face à ce revers. La chaîne d'État Rybar a mentionné "des problèmes près de Lyman" et a noté que les unités ukrainiennes pressaient à la fois du nord et du sud, sans confirmer la perte totale du saillant. Un autre média russe, Two Majors, a rapporté que les forces ukrainiennes se massaient dans le village de Stavki et que des groupes de sabotage étaient actifs autour de Ternove, laissant entendre des difficultés opérationnelles plus larges pour les troupes de Moscou à l'ouest de la Zherebets.
Les analystes estiment que ce silence reflète une tentative délibérée des autorités russes de masquer les retraites et de préserver le moral. Le compte Twitter Andrew Perpetua a observé que l'opération de Lyman était restée plus secrète que les précédentes avancées ukrainiennes à Kupiansk ou Velyka Novosilka, suggérant un effort coordonné d'OSINT pour limiter le flux d'informations.
Importance stratégique pour le Donbass
Le terrain reconquis se situe sur l'axe qui aurait pu permettre aux forces russes d'encercler Sloviansk et Kramatorsk, deux grands pôles industriels de la région de Donetsk. En éliminant le saillant, l'Ukraine réduit le risque d'un contournement du nord qui aurait menacé les lignes d'approvisionnement et forcé un redéploiement des troupes ukrainiennes plus à l'ouest.
"Améliorer la situation autour de Lyman est crucial pour empêcher le contournement de la ceinture de fortifications du Donbass", a écrit le compte Woofers, source pro‑ukrainienne qui suit les mouvements de front. La suppression de l'enclave russe renforce ainsi le réseau défensif qui protège le cœur du Donbass, déjà sous la pression d'artilleries répétées.
Impact sur le conflit plus large
Si l'opération de Lyman ne rivalise pas avec l'ampleur de la contre‑offensive de Kharkiv en 2022, qui avait libéré environ 12 000 kilomètres carrés, elle montre la capacité de l'Ukraine à mener des assauts coordonnés impliquant plusieurs brigades tout en maintenant une sécurité opérationnelle stricte. Ce succès pourrait également retarder les plans russes d'une nouvelle poussée dans le nord du Donbass, offrant à Kyiv le temps de renforcer ses positions et d'acquérir davantage de systèmes de défense aérienne.
Dans le contexte plus large, la Russie continue de s'appuyer massivement sur les bombes à planeur (FAB‑5000) pour frapper les positions ukrainiennes. La cartographie de Molin, qui recense plus de 10 000 de ces bombes larguées au cours des six derniers mois, montre une concentration d'attaques autour de Kramatorsk, au sud de Druzhkivka et au nord‑ouest de Pokrovsk. Bien que le volume d'attaques ait augmenté, le front ukrainien a su tenir, suggérant que les gains de Lyman pourraient aider à atténuer une saturation supplémentaire de l'artillerie russe.
Coûts humains et matériels
Les deux camps continuent de subir d'importantes pertes d'équipement. Le projet open source Oryx, qui recense les destructions visuellement confirmées, indique qu'au 7 septembre la Russie avait perdu 24 066 pièces d'équipement lourd, dont 4 446 chars, dont 3 351 détruits en combat. Les pertes ukrainiennes s'élevaient à 12 097 pièces, dont 1 462 chars, dont 1 120 détruits.
Ces chiffres soulignent l'âpreté de l'attrition qui caractérise le front. Bien qu'aucune des deux parties ne publie de chiffres fiables sur les victimes humaines, les données matérielles montrent une guerre d'épuisement qui pèse de plus en plus sur les deux économies. Pour les observateurs européens, le flux continu d'armes russes, notamment les bombes à planeur de précision, suscite des inquiétudes quant à la viabilité de la machine de guerre de Moscou et aux possibles répercussions sur les marchés de l'énergie et la sécurité régionale.
Implications pour la politique européenne
La percée de Lyman intervient à un moment où l'Union européenne réévalue son aide militaire à Kyiv. La récente décision de l'UE d'augmenter le soutien à long terme à l'industrie de défense ukrainienne, y compris l'achat de systèmes de défense aérienne, s'aligne sur le besoin exprimé par l'Ukraine de chasseurs modernes capables de contrer les raids de bombardiers russes. L'ancien conseiller en défense Serhiy Beskrestnov a appelé à la livraison d'avions Gripen équipés de missiles Meteor, arguant que ces plateformes pourraient contraindre les avions russes à opérer à plus grande distance, réduisant ainsi la fréquence des attaques à bombes à planeur.
Pour les contribuables européens, le conflit persistant se traduit par une hausse des dépenses de défense et la nécessité de concilier le soutien à l'Ukraine avec les priorités nationales telles que la sécurité énergétique et le bien‑être social. La libération du territoire autour de Lyman, en limitant les avancées russes, pourrait indirectement alléger la pression sur les approvisionnements énergétiques de l'UE, perturbés par les frappes de missiles russes sur les infrastructures.
Les syndicats européens ont salué la nouvelle, estimant qu'un front russe affaibli pourrait réduire la probabilité de nouvelles perturbations liées aux sanctions sur les marchés européens. Ils avertissent toutefois qu'un conflit prolongé risque d'alourdir les budgets de défense au détriment des programmes sociaux, un compromis que les gouvernements nationaux devront gérer avec prudence.
Perspectives
Les commandants ukrainiens n'ont pas encore détaillé publiquement la prochaine phase de l'opération de Lyman, préservant la sécurité opérationnelle qui a caractérisé la campagne. Les analystes s'attendent à ce que le 3e Corps d'Armée consolide ses gains, fortifie la nouvelle ligne le long de la rivière Zherebets et prépare éventuellement une nouvelle poussée vers la ville d'Izium, un hub logistique historique.
Pour la Russie, la perte du saillant pourrait entraîner une réévaluation de sa doctrine offensive dans le Donbass. La dépendance continue aux bombes à planeur suggère une tentative de compenser les revers au sol, mais l'efficacité de ces armes reste limitée sans un soutien d'infanterie suffisant pour tenir le terrain capturé.
Dans les semaines à venir, l'intensité des combats autour de Lyman servira probablement de baromètre pour la trajectoire du conflit global. Si l'Ukraine parvient à tenir la zone libérée, cela pourrait ouvrir la voie à une série d'avancées incrémentales qui, à terme, déplaceraient davantage la ligne de front vers l'ouest. À l'inverse, une contre‑offensive russe mettrait à l'épreuve la résilience des lignes d'approvisionnement ukrainiennes et la capacité de l'aide européenne à soutenir des opérations prolongées.
Quoi qu'il advienne, l'opération de Lyman illustre l'évolution du conflit : un mélange d'assauts mécanisés conventionnels, de guerre électronique sophistiquée et d'une bataille informationnelle acharnée sur les réseaux sociaux autant que sur le terrain. Pour les citoyens européens qui observent de loin, cette histoire souligne le coût humain de la guerre, l'importance stratégique de chaque kilomètre reconquis et la nécessité continue d'un soutien politique et matériel coordonné afin que des victoires comme celle-ci se traduisent en stabilité durable pour l'Ukraine et la région toute entière.

