Les manuels russes destinés aux enfants ukrainiens occupés réécrivent l'histoire pour légitimer l'annexion
Des manuels scolaires révisés circulent dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine, cherchant à imposer une version falsifiée du conflit et à effacer le référendum d’indépendance de 1991.

La Russie a commencé à distribuer un manuel d'histoire révisé intitulé Donbass et Novorossie aux élèves du primaire dans les territoires occupés de l'est de l'Ukraine. Les syndicats et les enseignants dénoncent une manœuvre destinée à consolider un récit mensonger de la guerre et à effacer la mémoire du référendum d'indépendance de 1991.
Contenu du manuel destiné aux zones occupées
Selon le média ukrainien Realna Gazeta, le manuel a été rédigé par des journalistes des territoires occupés, dont Olena Fetisova. Cette dernière, qui avait confirmé qu'une frappe de drone ukrainien avait provoqué l'incendie tragique d'un internat à Starobilsk, écrit aujourd'hui un chapitre intitulé « En Ukraine « indépendante » », les guillemets signalant le refus de la souveraineté ukrainienne.
Dans ce chapitre, les auteurs décrivent le référendum de 1991 comme une opération orchestrée à l'étranger par le Mouvement populaire ukrainien (Narodnyi Rukh Ukrainy) et d'autres groupes nationalistes. Ils affirment que le vote aurait été massivement rejeté dans le Donbass et la Novorossie, alors que les chiffres officiels montrent que 2 481 157 électeurs sur 2 957 372 (83,9 %) dans l'oblast de Donetsk et 1 409 331 sur 1 682 344 (83,9 %) dans l'oblast de Louhansk ont soutenu l'indépendance. Le manuel tente ainsi de réécrire les faits, présentant les régions occupées comme naturellement alignées avec la Russie.
Le récit va plus loin en présentant l'État ukrainien comme la continuité de forces fascistes menaçant la population russophone. En qualifiant les nationalistes ukrainiens de « sbires d'Hitler », le livre reprend la propagande soviétique qui assimilait le nationalisme ukrainien au nazisme, un trope récurrent dans les médias d'État russes depuis le début du conflit.
Pourquoi ce manuel importe aux travailleurs et aux familles européennes
Pour les familles vivant dans les zones occupées, ce nouveau programme représente une intrusion directe dans l'éducation d'enfants déjà confrontés aux dures réalités de la guerre. Les manuels sont distribués dans le cadre d'une campagne plus large visant à remplacer les programmes ukrainiens, le matériel scolaire et même le personnel enseignant par des équivalents approuvés par Moscou. Cela a des répercussions sur le marché du travail futur : des enfants éduqués avec une version déformée de l'histoire pourraient rencontrer davantage de difficultés à s'intégrer dans une Ukraine réunifiée ou à accéder à l'enseignement supérieur dans l'Union européenne, où les programmes sont basés sur des standards internationaux reconnus.
Les syndicats européens ont averti que la manipulation de l'éducation constitue une forme de colonisation culturelle susceptible d'accentuer la fragmentation sociale et de nourrir une instabilité à long terme sur la frontière orientale du continent. « Quand une génération grandit en croyant que son propre pays n'a jamais existé, les perspectives de réconciliation diminuent drastiquement », a déclaré un porte‑parole de la Confédération européenne des syndicats (CES). « L'éducation doit être un pont, pas une arme. »
L'UE a déjà alloué des fonds à la reconstruction des écoles dans les zones libérées, mais la présence de manuels russes complique la garantie d'une éducation équilibrée. La Direction générale de l'Éducation, de la Jeunesse, du Sport et de la Culture de la Commission européenne a appelé les autorités ukrainiennes à veiller à l'élimination de tout matériel de propagande dans toutes les écoles sous juridiction ukrainienne, y compris celles situées temporairement dans les zones occupées.
Réhabilitation de Staline et contexte propagandiste
La distorsion historique du manuel s'inscrit dans un schéma plus large de nostalgie d'État russe pour l'ère soviétique. Un sondage du Centre Levada publié le 25 août indique que 59 % des Russes perçoivent aujourd'hui Joseph Staline positivement, une proportion en hausse constante depuis 2012. Seulement sept pour cent ont une opinion négative du dirigeant, malgré sa responsabilité dans la mort de millions de personnes, dont le massacre de Katyn en 1940.
Les analystes lient ce revirement à une campagne systématique de l'administration du président Vladimir Poutine visant à réhabiliter les symboles soviétiques et à minimiser les crimes du régime stalinien. En avril 2026, par exemple, les autorités russes ont ouvert une exposition intitulée « Mille ans de russophobie polonaise » sur le site mémorial de Katyn, un geste que de nombreux historiens ont qualifié de tentative de réécrire le récit du massacre ordonné par Staline.
Ce révisionnisme historique sert un double objectif : il renforce le soutien domestique au régime en invoquant un passé glorifié, et il fournit une justification morale aux actions de politique étrangère, dont l'annexion de territoires ukrainiens. En présentant l'Union soviétique comme protectrice des russophones et en assimilant les autorités ukrainiennes contemporaines à des successeurs du fascisme, le Kremlin cherche à légitimer sa campagne militaire aux yeux de sa propre population.
Réaction internationale et implications juridiques
La commission des affaires étrangères du Parlement européen a condamné la distribution des manuels comme une violation des Conventions de Genève, qui interdisent l'endoctrinement des enfants dans les territoires occupés. Une résolution présentée par des députés allemands, français et polonais a appelé l'Union européenne à envisager des sanctions ciblées contre les personnes et les entités impliquées dans la production et la diffusion du matériel.
Human Rights Watch a également publié une déclaration invitant la Cour pénale internationale à examiner ces manuels dans le cadre d'un schéma plus large de crimes de guerre, arguant que l'effacement systématique de l'identité ukrainienne constitue un crime culturel contre l'humanité.
En réponse, le ministère russe de l'Éducation a défendu les manuels comme « des ressources pédagogiques reflétant les réalités historiques du Donbass et de la Novorossie ». Un porte‑parole a affirmé que les livres avaient été élaborés en concertation avec les enseignants et les parents locaux, affirmation largement contestée par les autorités ukrainiennes et les observateurs indépendants.
Impact sur le front : le rôle des volontaires étrangers
Alors que la polémique autour du manuel se développe, les combats se poursuivent sur le terrain. Des rapports OSINT récents confirment qu'un contingent de volontaires colombiens, intégré au 23e régiment d'assaut ukrainien, a repris environ 7,5 km² de terrain forestier près du village de Dvorichna, au nord de Kupiansk. L'opération, documentée par la plateforme d'analyse ukrainienne DeepStateUA, représente une petite mais symboliquement importante avancée pour les forces de Kiev dans le corridor contesté de la rivière Oskil.
Les volontaires colombiens sont devenus une présence notable dans les forces armées ukrainiennes, avec des estimations suggérant que jusqu'à 7 000 personnes originaires de ce pays ont rejoint le combat depuis le début de la guerre. Leurs motivations varient : certains s'opposent idéologiquement à l'agression russe, d'autres sont d'anciens combattants du conflit civil colombien à la recherche d'un emploi, et un troisième groupe est lié à des réseaux criminels souhaitant acquérir des compétences en pilotage de drones pour les utiliser dans leur pays.
La participation de combattants étrangers souligne la dimension internationale du conflit et soulève des questions sur le transfert d'expertise militaire au‑delà des frontières. Les gouvernements européens ont exprimé leurs inquiétudes quant au risque que l'expérience acquise en Ukraine soit exportée vers d'autres régions, déstabilisant ainsi la sécurité du continent.
Pertes d'équipement et bataille logistique
Les deux camps continuent de subir d'importantes pertes d'équipement. Selon la base de données ouverte Oryx, qui recense les pertes sur le champ de bataille à partir de preuves photographiques, la Russie avait perdu 24 035 pièces d'équipement lourd au 25 août, dont 4 440 chars, dont 3 346 détruits en combat. L'Ukraine a déclaré la perte de 12 018 pièces d'équipement, dont 1 456 chars, dont 1 117 détruits.
Ce taux d'attrition élevé reflète l'intensité de la guerre logistique qui caractérise le conflit. Les forces ukrainiennes ciblent de plus en plus les lignes d'approvisionnement russes, utilisant des drones pour frapper des trains et des convois en mouvement. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre deux drones attaquant le même locomotive à quelques secondes d'intervalle, illustrant la sophistication croissante des opérations de drones ukrainiens.
Pour les fabricants européens d'équipements de défense, la demande soutenue de drones, de systèmes anti‑aériens et d'outils de guerre électronique représente à la fois une opportunité et un dilemme. Si les commandes de Kiev dynamisent le secteur de la défense, la dépendance aux armes fournies par l'Occident renforce également l'implication de l'UE dans un conflit qui a déjà tendu les chaînes d'approvisionnement des industries civiles.
Quel avenir pour l'éducation en Ukraine occupée ?
L'introduction du manuel Donbass et Novorossie ne constitue probablement que la première vague d'une refonte éducative plus large dans les territoires occupés. Les autorités russes ont déjà commencé à remplacer l'enseignement de la langue ukrainienne par le russe et à retirer les références aux fêtes nationales ukrainiennes, comme le jour de l'Indépendance du 24 août, des calendriers scolaires.
Les responsables ukrainiens avertissent que plus la propagande persiste, plus il sera difficile de réintégrer ces enfants dans un curriculum national unifié après la fin du conflit. « Nous menons une bataille pour les esprits d'une génération », a déclaré un haut fonctionnaire du ministère ukrainien de l'Éducation. « Si nous n'agissons pas maintenant, les cicatrices dureront des décennies. »
Des ONG européennes, dont le Centre européen pour la gestion du développement (ECDPM), ont appelé à une réponse coordonnée incluant la fourniture de matériels pédagogiques alternatifs, des programmes de formation des enseignants et un soutien psychosocial pour les enfants exposés à la fois au conflit et à la propagande.
Conclusion
Le déploiement de manuels d'histoire approuvés par la Russie dans l'est de l'Ukraine occupé rappelle que les guerres se livrent non seulement avec des armes, mais aussi avec des idées. En tentant de réécrire le passé, Moscou espère assurer un futur où ses annexions seront perçues comme légitimes. Pour les travailleurs, les familles et les décideurs européens, cet épisode soulève des questions urgentes sur la protection du droit à l'éducation, la sauvegarde du patrimoine culturel et la prévention de l'érosion à long terme des valeurs démocratiques à la frontière orientale du continent.

