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mercredi, 16 septembre 2026
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Des incendies ravagent les tourbières européennes, libérant des siècles de carbone stocké

Des feux de forêt ont dévasté les Hautes Fagnes belges et le Great Fen anglais, menaçant des écosystèmes carbonés essentiels.

Des incendies ravagent les tourbières européennes, libérant des siècles de carbone stocké

Des incendies ont traversé deux des tourbières les plus précieuses d'Europe, les Hautes Fagnes belges et le Great Fen anglais, entre la fin juillet et la mi‑août, transformant des zones humides autrefois luxuriantes en paysages arides semblables à la lune. Alimentés par une sécheresse sans précédent, ces feux suscitent des inquiétudes quant à la capacité du continent à protéger des écosystèmes riches en carbone qui agissent comme des tampons climatiques naturels.

Le trésor caché du carbone dans la tourbe

La tourbe se forme lorsque la matière végétale morte s'accumule dans des conditions d'humidité pendant des siècles, se compactant en un sol dense en carbone. Les scientifiques estiment que la tourbe stocke environ deux fois plus de carbone que toutes les forêts du monde réunies. Cette capacité dépend toutefois du maintien de la saturation du sol ; une fois desséchée, la tourbe devient hautement inflammable.

Dans les Hautes Fagnes et le Great Fen, le drainage à long terme pour l'agriculture et la sylviculture a rendu la tourbe vulnérable. La récente vague de chaleur a fait chuter les niveaux d'humidité en dessous des seuils critiques, permettant aux feux de s'allumer et de se propager rapidement.

Un feu sous la surface

Les feux de tourbe diffèrent des feux de surface car ils brûlent sous terre, souvent à un mètre ou plus de profondeur, et peuvent couver pendant des semaines voire des mois. "Certaines de ces feux atteignent aujourd'hui un à deux mètres de profondeur", a déclaré Lorna Parker, responsable du projet de restauration du Great Fen. "Et évidemment cela libère une énorme quantité de carbone dans l'atmosphère. Il y a plus de carbone par hectare dans cette tourbe que dans une forêt tropicale."

Le Great Fen, autrefois la zone humide la plus biodiversifiée de Grande-Bretagne, a été largement drainé au XVIIe siècle pour créer des terres arables. En Belgique, les Hautes Fagnes ont été drainées dès le XIXe siècle pour installer des plantations d'épicéas destinées aux secteurs du bois et de la mine. Les deux paysages font l'objet de programmes de restauration ambitieux visant à réhumecter le sol et à stopper la perte de carbone.

Envergure des dégâts

En Belgique, un projet quinquennal avait restauré environ 2 800 hectares des Hautes Fagnes. L'incendie d'août, déclenché le vendredi 14 août, a consumé plus de 3 000 hectares d'ici le dimanche matin, soit une surface supérieure à l'ensemble de l'effort de restauration en un seul week‑end. Corentin Rousseau, biologiste au WWF, a averti que le feu avait détruit près de 7 % des tourbières de ce type en Europe continentale.

En Angleterre, le feu du Great Fen a couvert plusieurs centaines d'hectares, laissant une cicatrice nette sur un paysage qui abritait autrefois un riche mosaïque de flore et de faune. La perte de tourbe libère non seulement du carbone mais élimine également la capacité naturelle de la zone humide à absorber les précipitations, augmentant le risque d'inondations en aval.

Restauration sous pression

La repousse de la tourbe est très lente ; dans des conditions idéales elle ne gagne qu'un millimètre par an. Lorsqu'elle est drainée et sèche, la tourbe peut disparaître jusqu'à vingt fois plus rapidement. Les projets de réhumectation visent à restaurer la nappe phréatique, mais la vitesse de la destruction écologique dépasse désormais ces efforts.

"La restauration ne peut actuellement pas suivre le rythme de la destruction écologique dans une Europe qui se réchauffe et où les précipitations deviennent plus imprévisibles", a admis Parker. Le rapport 2025 du centre belge d'évaluation des risques climatiques a averti que la préparation était insuffisante et que les incendies deviendraient plus fréquents et plus sévères.

Au‑delà du carbone, la tourbe agit comme une éponge, ralentissant le ruissellement et réduisant les crues. Les Hautes Fagnes se trouvent dans la même région qui a subi de dévastatrices inondations à l'été 2021, faisant 39 morts et environ 3 milliards d'euros de dégâts. Perdre cette fonction naturelle de mitigation des crues pourrait exposer les communautés à un risque accru.

Trouver un équilibre durable

La restauration n'a pas à entrer en conflit avec les moyens de subsistance agricoles. Des cultures qui aiment l'humidité, comme le céleri, peuvent être cultivées sur des tourbières réhumectées, séquestrant du carbone tout en générant des revenus. Le roseau pour l'isolation et les graines de massette pour le rembourrage de vestes sont d'autres exemples d'utilisations à faible impact.

Le financement reste le principal obstacle. "Le gouvernement possède le savoir‑faire, mais la question du financement déterminera si les tourbières seront sauvées", a déclaré Rousseau. Deux campagnes de financement participatif menées par le WWF et la Fondation Roi Baudouin ont recueilli 320 000 € en moins de deux semaines, mais l'ampleur du défi exige des investissements publics bien plus importants.

En Angleterre, le domaine Holnicote du National Trust dans le Somerset a démontré les bénéfices de la réhumectation : les zones humides restaurées sont restées vertes à travers cinq vagues de chaleur successives, tandis que les terres agricoles adjacentes, drainées, se sont brunies et fissurées. Ce contraste visuel souligne comment les solutions basées sur la nature peuvent renforcer la résilience face aux extrêmes climatiques.

Le sentiment local reflète à la fois perte et espoir. "Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais plus promener mon chien là‑bas lors de ma dernière visite aux Hautes Fagnes", a déclaré Lotte, une visiteuse belge. "Maintenant je comprends : c'est un écosystème très important et sensible qui a besoin de protection." Ses mots font écho à une prise de conscience croissante que la protection des tourbières n'est pas un luxe mais une nécessité pour la stabilité climatique, la biodiversité et la sécurité face aux inondations.

Alors que l'Europe affronte des étés de plus en plus chauds et secs, le sort de ses tourbières sera le test décisif de la stratégie climatique du continent. Si la restauration peut être intensifiée et correctement financée, la tourbe restera un allié vital dans la lutte contre les émissions de carbone et les événements météorologiques extrêmes. Sinon, la perte de stocks de carbone séculaires pourrait accélérer le changement climatique qui les menace déjà.

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