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Politique27 ao�t 2026

L'AfD pourrait remporter les élections en Saxe-Anhalt alors que de nombreux résidents sont privés du droit de vote

L'extrême droite allemande s'approche d'une victoire décisive dans un État où près de huit pour cent de la population ne peut pas voter.

L'AfD pourrait remporter les élections en Saxe-Anhalt alors que de nombreux résidents sont privés du droit de vote

L'Alternative für Deutschland (AfD) est sur le point de capturer une part décisive du vote lors des élections d'État de Saxe-Anhalt prévues le 6 septembre, les derniers sondages indiquant un résultat potentiel supérieur à 40 %. Si ces chiffres se confirment, le parti, officiellement qualifié d'extrémiste d'extrême droite dans l'État, pourrait former un gouvernement monopartite, prenant le contrôle de l'éducation, de la police et des politiques d'adaptation climatique qui touchent la vie quotidienne.

Un débat qui dépasse la politique partisane

La perspective d'une administration dirigée par l'AfD a déclenché un débat qui dépasse les clivages partisans. En Saxe-Anhalt, environ 170 000 résidents, soit environ huit pour cent de la population, n'ont pas la citoyenneté allemande et sont donc exclus du droit de vote selon la législation électorale actuelle. La plupart de ces personnes proviennent de milieux immigrés, ce qui signifie que ceux qui sont les plus susceptibles de ressentir les effets d'un gouvernement anti‑immigration strict n'ont aucune voix dans le résultat.

Pourquoi le droit de vote est limité

L'Allemagne, comme la majorité des États membres de l'UE, réserve les élections nationales et régionales aux citoyens. Cette règle est inscrite dans la Loi fondamentale et s'applique uniformément aux seize Länder. Au niveau municipal, la situation est légèrement plus nuancée : les citoyens de l'UE résidant en Allemagne peuvent voter aux élections locales grâce au traité de Maastricht, et ils peuvent également participer aux élections du Parlement européen où qu'ils vivent dans l'UE.

Les ressortissants non‑UE, en revanche, sont exclus de toutes les scrutins sauf quelques élections locales dans une minorité de pays. La Suède, le Danemark et les Pays‑Bas, par exemple, accordent le droit de vote à tout résident étranger après une certaine période, mais l'Allemagne reste parmi les treize États de l'UE qui refusent toute participation électorale aux résidents non‑UE, quelle que soit la durée de leur séjour.

Certaines municipalités allemandes ont tenté de compenser en créant des organes consultatifs. En Rhénanie‑Westphalie, les villes comptant plus de 5 000 résidents étrangers élisent des « Conseils d'intégration » qui peuvent être composés de non‑citoyens et servir à titre consultatif. Ces conseils n'ont aucun pouvoir décisionnel, mais ils illustrent une tentative limitée de donner une voix à ceux qui sont exclus des bulletins officiels.

Le paysage politique sur la réforme du droit de vote

Modifier le droit de vote exigerait une amendment de la Loi fondamentale, une démarche qui ne peut être entreprise que par une coalition ou un parti disposant d'une majorité parlementaire. L'opinion publique semble plus favorable que les élites politiques. Tony Venables, fondateur de la fondation European Citizens' Rights, Involvement and Trust, a déclaré dans une récente interview que "l'opinion publique est largement favorable à l'élargissement du droit de vote", soulignant ainsi un écart entre le sentiment des citoyens et les positions des partis.

Une enquête de type Eurobaromètre couvrant 26 pays européens a révélé qu'une légère majorité des répondants dans la plupart des États soutient le droit de vote des émigrés, c'est‑à‑dire des personnes qui ont quitté leur pays d'origine, dans les élections du pays d'accueil. En Allemagne, seul le parti de gauche Die Linke soutient ouvertement l'extension du droit de vote à tous les résidents vivant dans le pays depuis au moins cinq ans, tant au niveau étatique que fédéral. Les Verts et le Parti social‑démocrate (SPD) soutiennent également un élargissement du droit de vote, mais se limitent à la sphère municipale.

Le parti au pouvoir, l'Union chrétienne‑démocrate/Union chrétienne‑sociale (CDU/CSU), ainsi que l'AfD restent fermement opposés à toute extension, arguant que le vote doit être lié à la citoyenneté et à l'allégeance nationale.

Envergure de la privation du droit de vote

Eurostat estime que 30,6 millions de ressortissants non‑UE vivaient dans l'UE au 1er janvier 2025, tous privés du droit de vote aux élections nationales de leur pays de résidence. Lors des élections fédérales allemandes de février 2025, environ dix millions de résidents, soit 14 % de la population adulte, n'ont pas pu déposer un bulletin.

Au‑delà de la Saxe-Anhalt, la capitale Berlin présente un tableau encore plus frappant. Avec plus de 800 000 ressortissants étrangers, les résidents nés à l'étranger représentent 22,5 % de la population de Berlin, ce qui signifie qu'un habitant sur quatre ne pourra pas voter aux élections d'État du 20 septembre.

Ces chiffres soulèvent une question fondamentale sur la légitimité démocratique : si une partie importante de la population est exclue de la décision de qui les gouverne, les politiques qui en résultent peuvent‑elles réellement refléter les intérêts de tous les résidents ?

Implications pour les travailleurs et les services publics

Les gouvernements d'État en Allemagne détiennent une autorité considérable sur les services publics qui affectent directement les travailleurs et les ménages. Une administration dirigée par l'AfD pourrait renforcer les contrôles migratoires, modifier le financement du logement social et redéfinir les priorités policières. Les syndicats ont averti qu'un tel virage pourrait compromettre les acquis de la négociation collective et éroder les protections des travailleurs migrants, déjà confrontés à des conditions d'emploi précaires.

À l'inverse, les partis opposés à l'AfD soutiennent que l'extension du droit de vote diluerait l'influence du parti en intégrant les voix de ceux qui sont les plus touchés par ses politiques. Ils citent l'exemple de la Suède, où un élargissement du droit de vote n'a pas entraîné une hausse du soutien à l'extrême droite, suggérant que l'inclusion peut tempérer les discours extrémistes.

Un baromètre pour l'Europe

Pour les observateurs européens, les élections de Saxe-Anhalt servent de baromètre pour la manière dont les systèmes démocratiques gèrent la tension entre le vote basé sur la citoyenneté et la réalité d'une société mobile et multiculturelle. Le résultat pourrait influencer les débats dans d'autres États membres sur l'extension du droit de vote aux résidents de longue durée, un sujet qui gagne en importance face aux préoccupations croissantes concernant la participation démocratique et la cohésion sociale.

Quel que soit le décompte final, la situation souligne un décalage structurel : des politiques qui façonnent la vie quotidienne sont décidées par un électorat relativement restreint, tandis qu'une part croissante de la population vit sans voix formelle. Alors que l'UE lutte contre la migration, l'intégration et la montée des forces populistes, la question de qui peut voter et dont les intérêts sont représentés restera au cœur du discours politique à travers le continent.

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