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Vol. XV · N°259
mercredi, 16 septembre 2026
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Opinion02 septembre 2026

L'Allemagne devrait conduire l'Union européenne vers des sanctions contre les ministres israéliens durs

Face à la rhétorique violente de certains ministres israéliens, Berlin doit rompre son silence et pousser l'UE à sanctionner les figures les plus radicales.

L'Allemagne devrait conduire l'Union européenne vers des sanctions contre les ministres israéliens durs

L'Allemagne a longtemps été la défenseure la plus véhémente d'Israël en Europe, invoquant un devoir moral né du souvenir de l'Holocauste pour protéger l'État juif de toute critique. Cette position apparaît aujourd'hui en décalage avec l'inquiétude croissante suscitée par la rhétorique de ministres israéliens qui se qualifient ouvertement de fascistes et appellent à l'élimination systématique de civils.

Un langage qui frôle le crime de guerre

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben‑Gvir, a récemment suggéré que l'indicateur quotidien de performance devrait être la mort de trente à quarante Palestiniens. Une telle parole n'est pas seulement incendiaire ; elle constitue une approbation des crimes de guerre. Pourtant, le gouvernement allemand s'est abstenu de soutenir des sanctions à l'échelle de l'UE visant Ben‑Gvir et d'autres figures d'extrême droite.

Pourquoi les sanctions sont cruciales aujourd'hui

Des appels aux sanctions proviennent de partis centristes à travers l'Europe et d'organisations de défense des droits humains qui avertissent que cette rhétorique érode l'État de droit dans les territoires occupés. La réticence de Berlin s'explique souvent par la crainte que des mesures punitives renforcent le bloc de droite israélien à l'approche des prochaines élections de la Knesset.

Ce raisonnement ne tient pas sous le feu de l'analyse. Un sondage récent de l'Institut Mitvim, indice de politique étrangère, révèle que deux tiers des Israéliens craignent que leur pays devienne un paria, tandis que plus de la moitié jugent indispensable de rester dans le camp libéral‑démocratique de l'Occident. Des sanctions ciblées enverraient un signal clair aux électeurs israéliens que les politiques extrémistes ont un coût tangible, décourageant potentiellement les soutiens du centre‑droite de basculer davantage à droite.

En revanche, le même sondage montre que soixante pour cent des ultra‑orthodoxes et des partisans du parti d'extrême droite Otzma Yehudit ne considèrent pas l'adhésion de l'Israël à l'Occident comme importante. Pour ce segment, les sanctions ne modifieront probablement pas le comportement électoral, mais elles rempliront tout de même une fonction symbolique : un rejet net de l'Europe envers un extrémisme inacceptable.

Au‑delà des ministres individuels

Sanctionner des membres du cabinet serait un premier pas, mais cela ne résoudrait pas les structures plus profondes qui permettent l'expansion des colonies et l'érosion de toute perspective d'État palestinien. L'accord commercial de l'UE avec Israël comporte des clauses pouvant être invoquées pour suspendre l'accès au marché aux produits provenant de colonies illégales. Jusqu'à présent, ces dispositions n'ont jamais été utilisées.

L'influence de l'Allemagne pourrait faire pencher la balance au Conseil européen. Les mesures liées au commerce exigent une majorité qualifiée, soit 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population de l'UE. Avec le soutien de l'Allemagne, le bloc pourrait atteindre ce seuil et suspendre le traitement préférentiel dont bénéficient actuellement les produits issus des colonies.

Des actions plus restrictives, comme des sanctions contre les entreprises finançant la construction de colonies, nécessitent l'unanimité. La position allemande devient alors encore plus décisive, car tout État dissident détient un veto de facto. La République tchèque, l'Italie et la Hongrie ont déjà exprimé leur opposition à de telles mesures, mais elles ont aussi montré une volonté de changer de cap lorsque l'Allemagne prend les devants.

Lorsque l'UE a débattu de sanctions contre les colons violents, l'Allemagne a d'abord hésité. Après que la Commission européenne a couplé ces mesures à des actions contre le Hamas, le gouvernement allemand a cédé et les délégations tchèque et hongroise ont retiré leurs objections. Cet épisode montre qu'un revirement de Berlin peut débloquer un consensus plus large au sein de l'UE.

Contexte politique en Israël

La coalition actuelle, formée après les élections de 2022, comprend des partis comme Otzma Yehudit et le sionisme religieux, dont les programmes appellent à l'annexion de parties de la Cisjordanie et à la suppression de toute solution à deux États. Leur leader, Gadi Eisenkot, domine les sondages et s'oppose ouvertement à un État palestinien. Même si les prochaines élections produisent un gouvernement différent, la normalisation des idées extrémistes au cours de la dernière décennie laisse penser à une continuité politique probable.

L'opinion publique israélienne reflète ce glissement. Si la majorité des électeurs du centre‑droite s'inquiète de la perception européenne d'Israël, les circonscriptions les plus radicales restent indifférentes. Cette divergence signifie que des sanctions contre des ministres individuels ne puniraient pas seulement une frange marginale ; elles remettraient en cause la normalisation croissante d'un discours extrémiste au sein du courant politique dominant.

Levier économique et responsabilité morale

L'UE est le principal partenaire commercial d'Israël, représentant une part importante de ses exportations. Ce poids économique n'a pas été converti en pression politique. La Commission européenne a maintes fois rappelé que les produits issus des colonies ne devraient pas bénéficier du marché unique, mais l'application reste faible.

La responsabilité historique de l'Allemagne vis‑à‑vis de l'Holocauste a souvent servi à justifier un soutien inconditionnel à la sécurité d'Israël. Or, la sécurité ne peut être assurée par des politiques qui violent le droit international et alimentent un conflit permanent. Les deux dernières années ont montré que la trajectoire actuelle n'approche pas Israël d'une paix durable, ni ne garantit sa sécurité à long terme.

En passant d'une posture de soutien inconditionnel à une position qui tient Israël responsable de ses violations des droits humains, Berlin alignerait sa politique étrangère sur les valeurs qu'il défend chez lui : droits des travailleurs, justice sociale et État de droit.

À quoi pourrait ressembler un revirement allemand

Si Berlin approuvait des sanctions contre Ben‑Gvir et ses alliés, l'effet immédiat serait double : une restriction matérielle de leurs déplacements et de l'accès à leurs avoirs à l'étranger, et un message symbolique fort indiquant que l'Europe ne tolérera pas les appels au meurtre de masse.

Plus important encore, une telle initiative pourrait ouvrir la voie à un paquet plus large ciblant les moteurs économiques de l'expansion des colonies. Cela pourrait inclure le gel des financements de l'UE pour les entreprises fournissant des matériaux de construction aux colonies, le renforcement des contrôles douaniers sur les produits étiquetés « Made in Israel » provenant de la Cisjordanie, et l'élargissement de la liste des entités soumises à des gels d'actifs.

Les critiques soutiennent que les sanctions pourraient pousser Israël vers des partenaires non occidentaux comme la Russie ou la Chine. Elles négligent toutefois le fait qu'Israël bénéficie déjà d'une position privilégiée en Europe, avec des conditions commerciales préférentielles et un soutien diplomatique. Ajuster cette relation pour qu'elle reflète le respect du droit international ne marginaliserait pas Israël, mais l'inciterait à aligner ses politiques sur les standards attendus d'un partenaire démocratique.

UnionPress appelle donc Berlin à utiliser son vote décisif au Conseil pour briser l'impasse. L'UE doit dépasser les condamnations symboliques et adopter des mesures concrètes qui ciblent à la fois les individus qui promeuvent la violence et les structures qui soutiennent l'activité illégale des colonies.

Ce n'est qu'en agissant ainsi que l'Europe pourra démontrer que son engagement en faveur des droits humains et de l'État de droit dépasse ses propres frontières et s'étend aux réalités complexes du Moyen‑Orient.

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