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Vol. XV · N°258
mardi, 15 septembre 2026
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Opinion11 septembre 2026

Réflexions sur le 11 septembre : comment les choix des États‑Unis ont façonné la sécurité et la démocratie mondiales

Edgar Buckley, historien de l’Europe de l’Est, analyse un quart de siècle après les attaques de 2001 et montre comment les décisions américaines ont amplifié les dangers qu’elles prétendaient combattre.

Réflexions sur le 11 septembre : comment les choix des États‑Unis ont façonné la sécurité et la démocratie mondiales

Lorsque les tours se sont effondrées, le monde a observé une nation sous le choc. Dans une salle de cours à Yale, l'historien qui enseignait ce jour‑là a averti ses étudiants que le véritable test ne serait pas la tragédie elle‑même, mais la réaction qu'elle susciterait. Il a rappelé que les services secrets de l'Empire russe et de l'URSS maîtrisaient depuis longtemps l'art de pousser leurs adversaires à des actions autodestructrices, et que la même logique pouvait s'appliquer à la trajectoire américaine post‑11 septembre.

De la dépendance au pétrole à un virage manqué vers les énergies propres

La réponse politique immédiate à Washington s'est concentrée sur la sécurité, pas sur la politique énergétique. L'historien note que la mesure la plus logique aurait été de rompre la dépendance du pays aux combustibles fossiles, supprimant ainsi l'incitation stratégique à intervenir au Moyen‑Orient riche en pétrole. Un basculement rapide vers les sources renouvelables aurait pu réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuer l'appétit pour les guerres à l'étranger et freiner l'émergence d'une oligarchie énergétique russe sous le président Vladimir Poutine.

Au lieu de cela, l'administration de George W. Bush, dont la fortune familiale était liée à l'industrie pétrolière, a suivi une autre voie. Le président a présenté les attaques comme une agression contre les "libertés", mais la création subséquente du Department of Homeland Security a regroupé un large éventail d'agences sous une même bannière sécuritaire, brouillant la frontière entre menaces extérieures et police intérieure. Selon l'historien, cette réorganisation institutionnelle a posé les bases d'une politique divisionnaire qui classe les résidents en "légaux" ou "illégaux", un discours qui a depuis alimenté la construction de centres de détention rappelant les camps de concentration.

Le vocabulaire du "homeland" et son écho autoritaire

Le terme "homeland" est entré dans le discours officiel américain à un moment où il évoquait une identité exclusive, presque tribale. L'historien le compare à la fascination nazie pour le "Heimat", une notion nostalgique d'un foyer pur et immuable. Au fil des années, le mot s'est normalisé, mais ses origines restent ancrées dans une vision du monde excluante qui présente les étrangers comme des menaces.

Sous Donald Trump, la rhétorique s'est intensifiée. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a présenté les forces armées comme un champ de bataille des guerres culturelles, hommes contre femmes, blancs contre Noirs, tout en redéfinissant la mission militaire comme "homeland defence". En pratique, cela signifie que les armées pouvaient être déployées comme une milice personnelle au service d'un dirigeant, plutôt que comme protectrices des institutions démocratiques.

La guerre d'Irak comme catalyseur du bouleversement intérieur

L'historien soutient que l'invasion de l'Irak en 2003 a été la réponse de politique étrangère la plus désastreuse aux attentats du 11 septembre. La guerre, justifiée sous le prétexte fallacieux d'un lien entre le régime de Saddam Hussein et les attaques, s'est révélée mensongère. Le conflit a drainé les finances publiques, ancré une économie politique militarisée et laissé une génération d'Américains traumatisés.

Ces blessures ont créé un terrain fertile pour un candidat capable d'exploiter l'anxiété collective. L'historien relie directement la montée de Trump à la guerre d'Irak, arguant que le conflit a érodé la confiance dans le gouvernement et normalisé l'idée que la force militaire pouvait résoudre des problèmes domestiques. La guerre a également consolidé un schéma d'agression non provoquée, violant le principe fondamental du droit international : l'interdiction des guerres d'agression.

D'Irak à l'Ukraine : une chaîne de mensonges et d'erreurs stratégiques

Bien que les États‑Unis n'aient pas directement causé l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l'historien affirme que l'invasion de l'Irak a facilité la justification des ambitions expansionnistes de Vladimir Poutine. En montrant qu'une grande puissance pouvait intervenir à l'étranger sous de faux prétextes, les États‑Unis ont involontairement fourni un modèle à l'agression russe.

En 2013 et début 2014, l'historien avertissait que la propagande russe dépeindrait l'Ukraine comme une nation de "gay Nazis" et de "Juifs", un récit destiné à délégitimer l'État ukrainien. Lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle en 2022, les États‑Unis étaient d'abord sceptiques, leur crédibilité ternie par les mensonges entourant l'Irak. Cette perte de confiance a signifié que les dirigeants européens étaient moins préparés à l'ampleur de l'assaut russe.

Comment les politiques américaines ont alimenté le manuel du terrorisme

L'argument central de l'essai est que les États‑Unis, en répondant au terrorisme par la guerre, la surveillance et la division, ont offert à leurs adversaires un scénario prévisible. L'historien identifie trois conséquences concrètes :

  1. La prolifération d'agences de sécurité qui brouillent la frontière entre menaces extérieures et dissidence interne, créant un climat où les libertés civiles sont régulièrement restreintes.
  2. L'enracinement d'un complexe militaro‑industriel qui privilégie les dépenses militaires au détriment des investissements sociaux, aggravant les inégalités et limitant la capacité de l'État à lutter contre le changement climatique.
  3. La normalisation du terme "terrorisme" comme justification globale tant pour les guerres étrangères que pour les répressions intérieures, permettant à des dirigeants comme Trump et Poutine de qualifier leurs opposants de terroristes afin de légitimer la répression.

Le recours de Trump à la terreur sur le sol américain

Selon l'historien, le refus de Trump d'accepter les résultats de l'élection de 2020 et sa tentative d'inverser le processus démocratique en janvier 2021 représentent une incarnation domestique de la stratégie terroriste : utiliser la peur et la force pour atteindre des objectifs politiques. Il relie ce comportement au schéma plus large du terrorisme d'État, notant que la guerre de Poutine en Ukraine a impliqué des crimes de guerre systématiques, des exécutions massives, des déportations forcées et le ciblage de civils avec des drones et des missiles.

Du point de vue de l'auteur, la décision américaine de ne pas fournir à l'Ukraine des systèmes de défense aérienne Patriot a directement contribué aux pertes civiles. Il soutient que cette politique reflète une volonté plus large de laisser les alliés souffrir afin de préserver les intérêts stratégiques américains ailleurs, notamment au Moyen‑Orient.

La dimension iranienne et le risque d'une conflagration plus large

L'historien avertit que l'attitude conflictuelle des États‑Unis envers l'Iran, surtout sous Trump, a créé une boucle de rétroaction dangereuse. En provoquant Téhéran, Washington risque un scénario où l'Iran lancerait une attaque sur le sol américain, fournissant ainsi un prétexte à une répression intérieure accrue ou même à la suspension des élections.

Dans cette perspective, les États‑Unis sont pris dans un cycle auto‑renforçant : les guerres à l'étranger épuisent les ressources, alimentent les impulsions autoritaires internes et augmentent la probabilité de nouveaux conflits.

Ce que l'historien recommande aux citoyens

Au milieu des sirènes d'alerte aérienne à Kharkiv, où l'auteur écrit depuis un abri souterrain, l'historien appelle à une réponse différente, qui refuse de s'inscrire dans le manuel du terrorisme. Il cite la résilience des Ukrainiens qui, malgré les bombardements nocturnes, se rassemblent autour d'un verre de vin pour discuter d'idées, comme exemple d'une agence collective qui défie la logique de provocation.

Pour les Américains, la prescription est similaire : résister à l'envie d'accepter le récit selon lequel la sécurité doit être achetée avec la guerre, la surveillance et la division. Au lieu de cela, il exhorte les citoyens à exiger des politiques qui rompent la dépendance aux combustibles fossiles, investissent dans les services publics et défendent l'État de droit.

Implications pour l'Europe

Les lecteurs européens peuvent tirer plusieurs leçons de cette analyse. Premièrement, la transition énergétique de l'Union européenne est une impérative stratégique ; réduire la dépendance au gaz russe et au pétrole du Moyen‑Orient atténue non seulement le changement climatique, mais limite aussi le levier géopolitique des régimes autoritaires.

Deuxièmement, l'expérience européenne en matière d'État de droit et de protection sociale offre un contre‑modèle à l'approche américaine centrée sur la sécurité. En maintenant des institutions démocratiques fortes et en protégeant les libertés civiles, les sociétés européennes peuvent éviter la dérive vers un climat de peur qui alimente l'autoritarisme.

Troisièmement, la critique de l'unilatéralisme américain souligne l'importance du multilatéralisme. L'engagement de l'Europe envers l'OTAN, bien que parfois tendu, reste une plateforme de sécurité collective capable de freiner les excès de toute puissance unique.

Perspectives d'avenir

Alors que le 25e anniversaire du 11 septembre s'écoule, l'historien conclut que la liberté commence par les choix que les individus et les sociétés font après une crise. Il avertit que si les citoyens laissent la peur dicter la politique, ils offrent la victoire aux forces qui cherchent à les déstabiliser.

Dans les mots de l'auteur, la voie à suivre consiste à "penser par soi‑même à l'avenir" plutôt qu'à se soumettre à un récit de menace perpétuelle. Pour l'Europe, cela signifie continuer à promouvoir les énergies renouvelables, protéger les normes démocratiques et refuser que les préoccupations sécuritaires éclipsent les droits fondamentaux des travailleurs et des migrants.

Ce n'est qu'en confrontant l'héritage des décisions passées et en refusant de répéter les mêmes erreurs que le continent pourra espérer bâtir un avenir plus juste et plus sûr pour tous ses citoyens.

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