L'OCDE constate des scores records historiquement bas en lecture et en mathématiques chez les adolescents européens
Les résultats PISA 2023 révèlent une chute sans précédent des performances des 15‑ans, poussant les décideurs à réagir d'urgence.
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié la semaine dernière les résultats PISA 2023, montrant que la génération de 15‑ans née en 2009‑2010 a obtenu des scores en lecture et en mathématiques inférieurs à toutes les cohortes précédentes. L'évaluation, qui a concerné plus de 760 000 élèves issus de 91 économies, révèle une forte baisse des scores moyens et une hausse de la proportion d'élèves à faible rendement, un phénomène que les responsables politiques européens s'efforcent désormais de contrer.
Des scores en chute libre
Les résultats en lecture ont atteint leur niveau le plus bas depuis le lancement du test, tandis que les performances en mathématiques ont glissé à un nouveau record historique de faiblesse. Seuls trois pays, le Royaume‑Uni, la Slovaquie et la Turquie, ont enregistré une amélioration en sciences, et même ces progrès restent modestes. Aucun État membre de l'UE n'a vu ses scores en lecture ou en mathématiques progresser, soulignant un défi continent‑wide.
Habitudes numériques sous le feu des projecteurs
Le rapport de l'OCDE lie ce déclin à l'évolution des modes de consommation médiatique. Les adolescents passent désormais plus d'une heure par jour sur les réseaux sociaux, hausse par rapport à 2022, et ont tendance à parcourir rapidement de courts messages plutôt qu'à s'engager avec des textes plus longs et exigeants. Mathias Cormann, secrétaire général de l'OCDE, a déclaré aux journalistes que « plus de temps d'écran et moins de lecture pour le plaisir vont de pair avec des résultats plus faibles ». Si l'organisation ne blâme pas directement les réseaux sociaux, elle note que la pratique du défilement rapide peut éroder la patience nécessaire à la lecture soutenue et à la résolution de problèmes complexes.
Ces constats rejoignent des données antérieures d'Eurostat montrant que près de la moitié de la population de l'UE âgée de 16 ans ou plus n'a pas lu de livre au cours de l'année précédente. Les jeunes adultes (16‑29 ans) lisent davantage que les cohortes plus âgées, mais leur engagement reste largement numérique et fragmenté. L'OCDE avertit que renverser cette tendance sera difficile, d'autant que de nombreux élèves avouent ne lire que lorsqu'ils y sont contraints, et même alors, ils le font sur des écrans, cherchant des informations ou discutant plutôt que d'absorber un texte continu.
Écarts sociaux qui se creusent
Au‑delà du déclin global, les données révèlent une inégalité croissante au sein des pays. Les élèves issus de milieux aisés et fréquentant des écoles bien dotées continuent de surpasser leurs pairs, tandis que les apprenants défavorisés prennent davantage de retard. Andreas Schleicher, directeur de l'éducation à l'OCDE, a pointé l'Allemagne comme un exemple où l'écart social s'est élargi au cours de la dernière décennie, les élèves de familles à faibles revenus étant de plus en plus concentrés dans des écoles aux performances plus faibles.
Le rapport indique qu'un élève sur cinq appartient désormais à la catégorie des « faibles performants », un groupe dépourvu des compétences de base nécessaires à la poursuite d'études, à une participation civique significative et à l'accès à des emplois bien rémunérés. Cette proportion varie d'un pays à l'autre ; la République tchèque, la Lituanie, la Pologne, l'Estonie, la Suisse, la Finlande et l'Autriche affichent des résultats relativement solides, mais même là, environ 40 % des élèves estiment que « le bon sens doit primer sur les preuves », une mentalité qui freine l'évaluation critique de l'information.
Conséquences pour la future main‑d'œuvre
Les compétences en lecture et en calcul sont essentielles à l'économie moderne. Les employeurs de l'UE ont maintes fois averti qu'une pénurie de travailleurs maîtrisant les bases menace la productivité et freine la transition vers une économie verte et numérique. Les constats de l'OCDE suggèrent que la prochaine génération d'actifs sur le marché du travail pourrait être mal équipée pour gérer des contrats complexes, interpréter des spécifications techniques ou participer à des débats politiques, accentuant ainsi le fossé entre les professions à haute et à basse qualification.
À l'ère de l'intelligence artificielle, la capacité à lire de façon critique, à évaluer la crédibilité et à porter des jugements éclairés devient de plus en plus précieuse. L'OCDE souligne que sans ces compétences, les jeunes risquent d'être influencés par la désinformation, qu'il s'agisse de conditions hypothécaires trompeuses ou de propagande politique.
Réponses politiques et débats
Les gouvernements européens débattent déjà des mesures à prendre. Certains États membres envisagent de renforcer les limites d'âge pour l'usage des réseaux sociaux par les mineurs, à l'image des propositions déjà débattues dans plusieurs parlements nationaux. Les critiques estiment que les interdictions seraient difficiles à appliquer et pourraient pousser les jeunes vers des plateformes moins régulées.
D'autres décideurs prônent une approche plus équilibrée, intégrant les outils numériques en classe tout en limitant le temps d'écran. Cormann a averti que « au‑delà de cinq heures par jour, les résultats commencent à chuter », suggérant qu'une utilisation modérée de la technologie peut être bénéfique, alors qu'une exposition excessive est préjudiciable.
Les ministères de l'Éducation de l'UE font face à des pressions budgétaires. Le dernier examen fiscal de la Commission européenne montre que les dépenses publiques d'éducation sont tombées à 9,7 % du total des dépenses gouvernementales en 2024, la part la plus basse depuis la pandémie. Si la majeure partie de ce financement sert à payer les salaires des enseignants, les rémunérations restent inférieures à celles de professions comparables dans d'autres secteurs, soulevant des inquiétudes quant au recrutement et à la rétention.
Le financement seul ne garantit pas de meilleurs résultats. Schleicher a souligné que le Luxembourg, qui investit sept fois plus par élève en sciences que la Turquie, n'obtient pas des scores proportionnellement plus élevés. L'OCDE recommande donc de se concentrer sur la qualité des environnements d'apprentissage plutôt que sur le simple volume d'argent.
Ce qui fonctionne : leçons des périphéries
Certains pays hors UE offrent des études de cas utiles. La Turquie, le Monténégro et la Slovaquie ont réussi à améliorer les performances des apprenants faibles en sciences en misant sur la profondeur plutôt que sur la largeur. Cormann résume l'approche ainsi : « Enseigner moins, mais en profondeur », une stratégie qui privilégie la maîtrise des concepts clés au détriment d'une couverture superficielle de nombreux sujets.
Le soutien aux enseignants apparaît comme un thème récurrent. Le rapport met en avant les pénuries chroniques de personnel qualifié, notamment dans les régions où les écoles sont déjà sous‑dotées. Donner aux enseignants du temps pour le mentorat, plutôt que d'augmenter simplement la taille des classes, pourrait aider à réduire l'écart de performance.
L'implication parentale, souvent négligée, montre également un impact mesurable. Des gestes simples comme demander à son enfant comment s'est passée sa journée scolaire sont corrélés à de meilleurs résultats en sciences et à une attitude plus positive envers l'apprentissage, selon Cormann.
Schleicher a également attiré l'attention sur les modèles d'Asie de l'Est, notant que les enseignants en Chine peuvent n'assurer que 12 heures de cours formels par semaine, mais consacrent de nombreuses heures supplémentaires comme coachs, mentors ou travailleurs communautaires. Il décrit cela comme « l'une des technologies d'apprentissage les plus importantes », la connexion humaine qui suscite curiosité et persévérance.
Perspectives
L'OCDE publiera plus tard cette année un livret de politiques détaillé, proposant des recommandations aux États membres de l'UE. Parmi les mesures suggérées figurent la réduction de la surcharge du curriculum, l'investissement dans le développement professionnel des enseignants, la création d'incitations pour les écoles desservant des communautés défavorisées et la promotion de la lecture pour le plaisir via les bibliothèques publiques et les programmes communautaires.
Les syndicats d'enseignants ont salué l'accent mis sur la charge de travail et le mentorat, mais avertissent que sans financement concret et volonté politique, les réformes risquent de rester sur le papier. La Confédération européenne des syndicats a appelé à consacrer au moins 10 % des budgets nationaux à l'éducation, arguant que l'investissement dans le capital humain est essentiel à une reprise post‑pandémique juste et résiliente.
Les groupes d'affaires, tout en reconnaissant la nécessité d'améliorer les compétences de base, mettent en garde contre des politiques qui pourraient freiner l'innovation numérique. Le Table ronde européenne des industriels souligne que la littératie numérique est également une compétence clé pour l'économie future et que les écoles devraient enseigner aux élèves comment utiliser la technologie de façon responsable plutôt que de l'interdire.
Alors que l'Europe fait face au vieillissement démographique, aux défis climatiques et à la transformation numérique du travail, la performance de ses plus jeunes citoyens déterminera la compétitivité et la cohésion sociale du continent. Les constats alarmants de l'OCDE constituent un avertissement : sans actions décisives, une génération d'adolescents risque de se retrouver mal préparée aux exigences de la vie moderne, aggravant les inégalités existantes et sapant la promesse d'un avenir européen plus inclusif.
