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Vol. XV · N°259
mercredi, 16 septembre 2026
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Opinion25 ao�t 2026

L'UE pousse un dispositif coûteux de capture du carbone malgré les doutes croissants

La Commission européenne prépare une loi qui accélérerait la construction d'infrastructures de captage et de stockage du CO2, mais les risques financiers et environnementaux suscitent de vives inquiétudes.

L'UE pousse un dispositif coûteux de capture du carbone malgré les doutes croissants

La Commission européenne s'apprête à présenter cet automne une législation visant à accélérer la construction d'infrastructures de capture et de stockage du carbone (CCS) dans l'ensemble du bloc. Le projet de loi prévoit d'étendre les subventions aux industries lourdes, d'assouplir les règles d'autorisation et de créer des "zones d'accélération industrielle" qui pourraient marginaliser les protections environnementales.

Un objectif ambitieux dans un contexte de neutralité carbone

Alors que l'UE s'est engagée à atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, cette initiative soulève des questions sur l'affectation des fonds publics et sur les porteurs de risque. L'objectif de la Commission, à savoir disposer d'au moins 50 millions de tonnes de capacité d'injection de CO2 d'ici 2030, nécessiterait un réseau de pipelines s'étendant jusqu'à 19 000 kilomètres d'ici 2050, transportant du gaz fortement pressurisé à travers des zones urbaines et rurales.

Retrait de l'industrie et diminution du pipeline de projets

Depuis un bref pic d'annonces en 2021, le nombre de projets CCS approchant les décisions d'investissement a fortement chuté. En 2025, le volume de capacité annulée devrait déjà dépasser celui qui a atteint le stade d'investissement final. Des entreprises cèdent leurs parts dans des projets phares, réduisent leurs budgets et contestent même les exigences de l'UE devant les tribunaux.

Face à ce ralentissement, la nouvelle proposition de la Commission cherche à rendre le secteur plus attractif en augmentant les subventions publiques et en allégeant le fardeau réglementaire. Les critiques avertissent que cette approche pourrait transférer le coût d'une technologie qui n'a pas encore prouvé son efficacité sur les contribuables.

Risque pour la sécurité et l'environnement

L'assouplissement des garanties d'autorisation n'est pas une simple adaptation technique. Transporter du CO2 sous haute pression comporte des risques inhérents. Une rupture de pipeline de CO2 dans le Mississippi en 2020 a entraîné des dizaines d'hospitalisations et l'évacuation de centaines de résidents. Des incidents similaires en Europe pourraient exposer les communautés voisines à des concentrations dangereuses de gaz.

Au-delà de la question de la sécurité, les projets CCS ont historiquement été liés à l'extraction de combustibles fossiles. Environ 85 % de la capacité installée dans le monde a été utilisée pour améliorer la récupération du pétrole, ce qui signifie que le CO2 capturé est souvent réinjecté dans le sol afin d'extraire davantage d'hydrocarbures. Cette pratique peut verrouiller une utilisation supplémentaire des combustibles fossiles et retarder la transition vers les énergies propres.

Efficacité remise en cause

Les principaux scientifiques du climat ont à plusieurs reprises qualifié le CCS de l'une des méthodes les plus coûteuses et les moins efficaces pour réduire les émissions. L'Agence internationale de l'énergie a revu à la baisse ses attentes quant à la contribution de cette technologie à la décarbonation mondiale. Au cours des cinquante dernières années, 88 % de la capacité CCS prévue ne s'est jamais matérialisée, un chiffre qui dépasse 90 % pour les projets du secteur de l'électricité.

Lorsque le CCS est utilisé pour justifier de nouvelles installations ou l'extension d'usines à combustibles fossiles, il peut en réalité augmenter les émissions totales en retardant le retrait des actifs polluants. La technologie détourne également les investissements des solutions éprouvées telles que l'éolien, le solaire et les mesures d'efficacité énergétique.

Fardeau financier pour les contribuables

Des groupes de travail menés par l'industrie ont déjà réclamé un financement public accru afin de rendre les projets CCS commercialement viables. La loi à venir pourrait donc placer une part importante du coût sur les budgets de l'UE, tandis que les bénéfices climatiques promis restent incertains.

En 2025, les sources renouvelables fournissaient déjà plus d'électricité à l'UE que les combustibles fossiles, démontrant qu'une transition loin des productions à forte intensité carbone est possible sans recourir à des méthodes de capture non éprouvées. Accélérer le déploiement de l'éolien et du solaire renforcerait également la sécurité énergétique et protégerait les consommateurs des fluctuations des prix des combustibles fossiles.

Implications pour les travailleurs et les communautés européennes

Pour les salariés des industries lourdes, la promesse de subventions peut sembler attrayante, mais la viabilité à long terme des projets CCS demeure douteuse. Si les fonds publics sont immobilisés dans des pipelines et des sites de stockage qui ne deviennent jamais opérationnels, des emplois pourraient être perdus et des collectivités laissées avec des infrastructures inachevées.

Les résidents vivant à proximité des pipelines et des installations de stockage envisagés courent le risque d'accidents et de dégradations environnementales. L'affaiblissement des règles de protection de la nature pour accélérer le CCS pourrait compromettre les objectifs de biodiversité inscrits dans le Pacte vert de l'UE.

Les syndicats commencent à remettre en question la sagesse de canaliser des ressources vers une technologie qui a régulièrement manqué ses objectifs. Ils soutiennent que les mêmes fonds pourraient être mieux investis dans des programmes de reconversion, des emplois dans les énergies renouvelables et la modernisation des services publics.

Perspectives

Le projet de loi de la Commission sera débattu au Parlement européen et au Conseil dans les mois à venir. Les législateurs devront peser l'attrait des subventions industrielles contre la probabilité d'atteindre de réelles réductions d'émissions et les coûts potentiels pour les citoyens.

Si l'UE poursuit avec un cadre réglementaire affaibli, elle risque de répéter les erreurs du passé où une rhétorique climatique ambitieuse n'a pas été suivie d'actions efficaces. Une voie plus prudente consisterait à se concentrer sur l'élimination progressive des combustibles fossiles, l'expansion des capacités renouvelables et le renforcement du filet de sécurité pour les travailleurs affectés par la transition.

Les contribuables européens et les communautés qui accueilleront les pipelines de CO2 méritent une évaluation claire des risques et des bénéfices avant que l'argent public ne soit engagé dans une technologie qui n'a pas encore prouvé ses performances climatiques.

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