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Politique01 septembre 2026

La montée de l'AfD en Saxe-Anhalt pourrait enfermer les électeurs dans un cercle de difficultés, alerte un économiste

Reinhard Gropp, directeur de l'Institut de recherche économique de Halle, met en garde contre les promesses irréalisables de l'AfD et leurs conséquences pour les électeurs.

La montée de l'AfD en Saxe-Anhalt pourrait enfermer les électeurs dans un cercle de difficultés, alerte un économiste

Reinhard Gropp, directeur de l'Institut de recherche économique de Halle, a déclaré à UnionPress que l'attrait croissant de l'Alternative für Deutschland (AfD) en Saxe-Anhalt ne se traduira probablement pas par une amélioration du niveau de vie de ses partisans. Il a averti que les promesses du parti sont largement irréalisables et que les électeurs qui soutiennent l'extrême droite pourraient être les premiers à ressentir les effets d'un futur gouvernement.

Une élection historique en perspective

Le scrutin d'État prévu le 6 septembre pourrait entrer dans l'histoire. Si l'AfD parvient à former une coalition gouvernementale, la Saxe-Anhalt deviendra le premier Land allemand dirigé par un parti classé par le service de renseignement intérieur de l'État comme « démontrablement extrême‑droite » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Économie stagnante et rigidité structurelle

Gropp a dressé un tableau sombre du contexte macro‑économique allemand. « L'économie est stagnante depuis un certain temps », a‑t‑il déclaré. Les dernières révisions de données montrent une situation légèrement meilleure, mais la tendance globale reste plate. Il a identifié trois causes imbriquées : un environnement mondial hostile, des tarifs énergétiques élevés et l'incapacité du pays à mettre en œuvre des réformes significatives.

« L'Allemagne n'a pas mené de réforme économique réellement importante depuis vingt ans », a‑t‑il argumenté, citant les retraites, l'impôt sur le revenu et la politique climatique comme des domaines où le changement est attendu depuis longtemps. L'absence de réforme, selon lui, laisse l'économie mal préparée à absorber les chocs ou à adopter rapidement de nouvelles technologies.

Un exemple concret est le secteur chimique, pilier de la base industrielle de la Saxe-Anhalt. Cette industrie, très consommatrice d'énergie et fortement interconnectée, voit un dysfonctionnement dans une usine déclencher une cascade de fermetures le long de la chaîne d'approvisionnement. « C'est comme une rangée de dominos », a expliqué Gropp, soulignant que la hausse des coûts du carbone menace de faire s'effondrer l'ensemble du secteur.

Particularités régionales et attrait de l'AfD

Bien que la Saxe-Anhalt accuse un retard par rapport à des États plus riches comme le Bade‑Wurtemberg ou la Bavière, Gropp a souligné que sa performance économique n'est pas dramatiquement pire que celle d'autres régions de l'Est. Le principal défi du Land réside dans son profil industriel et sa réputation de mauvaise qualité de vie. « On dit que c'est terriblement sale et que ça sent mauvais », a‑t‑il rappelé, en référence aux nombreuses usines chimiques qui entourent Halle et Magdebourg.

Contrairement à la voisine Saxe, qui bénéficie des villes dynamiques de Dresde et Leipzig, les centres urbains de la Saxe-Anhalt sont de taille moyenne. L'absence d'un grand pôle métropolitain se traduit par moins d'emplois hautement qualifiés et moins d'attractivité pour les jeunes professionnels. « Si vous demandez à un jeune de 25 ans où il aimerait vivre, beaucoup répondent Leipzig plutôt que Halle », a noté Gropp.

Malgré ces désavantages, le Land a connu une remarquable remontée de l'emploi. Le taux de chômage, qui dépassait les 20 % il y a un quart de siècle, frôle aujourd'hui le plein emploi. Paradoxalement, les chiffres d'opinion de l'AfD ont progressé en même temps que cette amélioration.

Pourquoi l'économie ne suffit pas à expliquer le vote

Les recherches de Gropp montrent que les conditions économiques personnelles n'expliquent que deux points de pourcentage du soutien à l'AfD, qui avoisine les 40 % dans les sondages actuels. « La majorité du vote, environ 38 %, provient d'autres facteurs », a‑t‑il déclaré.

Il a identifié l'écosystème informationnel comme l'élément décisif. Les électeurs qui se fient exclusivement aux réseaux sociaux, en contournant les médias traditionnels, sont beaucoup plus enclins à soutenir les partis populistes. Les algorithmes qui alimentent les utilisateurs en contenus de plus en plus extrêmes créent des chambres d'écho où la désinformation se propage sans contrôle.

« Les gens regardent une vidéo qui affirme que la Terre est plate, et la plateforme leur montre ensuite davantage du même type de contenu », a expliqué Gropp. « Au final, ils finissent par croire que la majorité partage cette opinion. » Le même mécanisme s'applique aux récits politiques sur les réfugiés, l'immigration et l'identité nationale, que l'AfD exploite pour attiser la peur et le ressentiment.

Ces dynamiques reflètent des tendances observées dans d'autres démocraties européennes, de la République tchèque à l'Italie, voire aux États‑Unis. Gropp a averti que le phénomène ne se limite pas à l'Allemagne de l'Est ; il constitue un défi plus large pour les sociétés industrialisées où les médias numériques dominent le discours public.

Promesses politiques en décalage avec la réalité

Le programme de l'AfD en Saxe-Anhalt comporte une série de promesses que Gropp juge irréalistes : coupes drastiques des taxes énergétiques, remise en cause des réglementations climatiques et gel des cotisations retraite. « Le parti est incapable de tenir presque aucune de ses promesses électorales », a‑t‑il affirmé.

Étant donné la dépendance du Land à l'industrie chimique, toute tentative de réduire les coûts du carbone sans alternative viable mettrait en péril les emplois et les recettes fiscales. De même, des réformes des retraites qui ignorent les tendances démographiques pourraient fragiliser le système de protection sociale, laissant les futurs retraités vulnérables.

Gropp a averti que si l'AfD devait gouverner, les premières victimes seraient les électeurs qui l'ont propulsé au pouvoir. « Ceux qui votent pour les populistes sont souvent précisément les personnes qui souffriront le plus sous un gouvernement populiste », a‑t‑il déclaré.

Réactions syndicales et de la société civile

Les syndicats de la région ont déjà exprimé leurs inquiétudes. La fédération IG Chemie a averti que toute politique sapant le mécanisme de tarification du carbone déstabiliserait le secteur et entraînerait des licenciements. La Confédération allemande des syndicats (DGB) a appelé à une « coalition responsable » qui protégerait les droits des travailleurs et maintiendrait le filet de sécurité sociale.

Des ONG locales ont souligné l'impact environnemental des usines chimiques, exhortant le gouvernement régional à investir dans des technologies plus propres plutôt que de poursuivre des allègements fiscaux à court terme. « Nous avons besoin d'un plan de transition qui protège à la fois les emplois et l'environnement », a déclaré un porte‑parole de l'Alliance verte de Saxe-Anhalt.

Ce que le contexte européen ajoute

L'éventuelle montée d'un gouvernement d'extrême droite en Saxe-Anhalt a des répercussions au‑delà des frontières allemandes. L'agenda climatique de l'UE repose sur la capacité des États membres à atteindre leurs objectifs d'émissions, et un Land qui résiste activement à la tarification du carbone pourrait compromettre les efforts collectifs.

De plus, la situation reflète la progression des partis nationalistes dans d'autres régions de l'UE, du Rassemblement national français à la Lega italienne. Les analystes notent que la politique de cohésion de l'UE, qui finance les améliorations structurelles dans les régions en retard, pourrait devoir être réajustée si de tels gouvernements bloquent ou diluent les flux de financement.

« La solidarité européenne est menacée lorsque les dirigeants régionaux se replient sur eux‑mêmes et rejettent les objectifs communs », a averti un conseiller politique de la Direction générale de la politique régionale et urbaine de la Commission européenne.

Perspectives

Le résultat de l'élection déterminera la trajectoire de la Saxe-Anhalt pour les cinq prochaines années. Si l'AfD ne parvient pas à former une coalition gouvernementale, le Land continuera probablement sous l'administration actuelle de centre‑droite, qui a promis des réformes modestes en matière de retraites et de fiscalité tout en maintenant le cadre climatique.

En cas d'entrée de l'AfD au pouvoir, Gropp prévoit un choc entre son agenda populiste et les contraintes structurelles de l'économie allemande. « On ne peut pas simplement éteindre les coûts du carbone sans offrir une alternative viable », a‑t‑il averti. « Sans cela, le secteur chimique pourrait s'effondrer, entraînant la perte des moyens de subsistance de milliers de personnes. »

Pour les électeurs, le choix pourrait se résumer à une attraction émotionnelle à court terme contre la stabilité économique à long terme. Comme le résume Gropp, « La vraie question est de savoir si les gens reconnaîtront que les promesses qu'ils entendent ne sont pas soutenues par la réalité économique. »

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