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Politique08 septembre 2026

La violence des gangs à Saint‑Gilles s'intensifie, les habitants se sentent abandonnés

Saint‑Gilles, quartier dense de Bruxelles, devient le théâtre d’une vague de violences liées aux gangs, mettant à rude épreuve la police locale et la patience de ses résidents.

La violence des gangs à Saint‑Gilles s'intensifie, les habitants se sentent abandonnés

Saint‑Gilles, commune très peuplée de la capitale belge, est devenue l'épicentre d'une vague de violences liées aux gangs qui teste les limites de la police locale et la patience de ses habitants divers.

Un détournement d'identité qui a déclenché l'affaire

Le dernier point d'éruption a impliqué un homme connu sous le nom de Beke, arrêté dans son propre atelier après la livraison d'un colis FedEx contenant environ 10 kg de marijuana à son domicile. La police indique que l'envoi a été fait sous son nom, un cas classique de vol d'identité utilisé par les trafiquants pour échapper à la détection. Beke a passé 26 heures en cellule avant d'être libéré, affirmant être une victime innocente prise dans un quartier où « nous vivons dans une rue où il y a des criminels ».

Un quartier cosmopolite sous le feu des trafics

Saint‑Gilles, l'une des 19 communes de Bruxelles, est réputée pour ses façades Art nouveau, sa vie de café animée et une population issue de plus de 140 nationalités. Pourtant, les mêmes rues qui accueillent festivals et expositions d'art en plein air voient désormais se dérouler des transactions de drogue, des explosions de bombes et des échanges de coups de feu.

Vente de drogue en plein jour et flux d'argent quotidien

Les dealers vendent leurs produits à la lumière du jour, souvent depuis les aires de jeux qui bordent le Parvis, une place centrale à moins de 400 m du poste de police communal. Les enfants jouent pendant que les trafiquants échangent de l'argent liquide, une scène qui laisse les parents impuissants. Un tableau similaire se joue sur la place Bethléem, où les estimations suggèrent que les gangs engrangent entre 15 000 € et 50 000 € par jour malgré la chute du prix de la cocaïne, passé d'environ 100 $ le gramme avant la pandémie à 16 $ aujourd'hui, selon le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin.

L'appât du gain est évident : un gramme de cocaïne coûte aujourd'hui une fraction de son ancien prix, mais le volume des ventes reste élevé, alimentant un cycle de profit et de violence.

Épisodes de tirs et d'explosions

Bruxelles a enregistré 102 fusillades l'an dernier ; l'année en cours en compte déjà 62, Saint‑Gilles et la commune voisine de Forest étant pointées du doigt par Julien Moinil, procureur en chef de Bruxelles. « Alors ça va s'arrêter ? Je n'en doute pas. Vous pensez que ça va se calmer ? Non », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que 22 explosions ont également été recensées.

Mi‑avril, une série de bombes a explosé dans des rues résidentielles. Une déflagration a brisé quinze fenêtres de l'Institut des Filles de Marie, une maternité et école primaire située en face de la cible prévue, le bar OKLM Chicha Lounge. Aucun blessé n'a été signalé, mais l'incident a souligné le caractère indiscriminé de la violence. Un engin antérieur avait endommagé dix véhicules dans une rue voisine.

Fin août, une série de fusillades a contraint la police à intervenir dans un parc local près de la Porte de la Halle. Les officiers ont saisi deux hommes armés de fusils Kalachnikov et de pistolets. Le parc, déjà point chaud de l'itinérance, notamment parmi les migrants sans papiers, sert désormais de terrain d'affrontement armé.

Les autorités ont également visé un poste de police à Anderlecht, tirant sur le bâtiment dans ce que les responsables ont qualifié de tactique d'intimidation.

Boucles juridiques et prisons surpeuplées

Au cours de l'année passée, la police a procédé à environ 7 000 arrestations à Bruxelles concernant des personnes sans titre de séjour légal. Moinil a souligné que le problème n'est pas seulement administratif : « Je ne parle pas de personnes sans papiers, c'est un problème administratif. Je parle de personnes en situation irrégulière qui commettent des infractions, par exemple un viol, du trafic de drogue, une fusillade. » Il a noté que beaucoup de détenus ont plusieurs ordonnances d'expulsion, mais le système peine à les appliquer.

Les gangs criminels s'appuient de plus en plus sur une main‑d'œuvre bon marché fournie par des migrants sans papiers, y compris des mineurs français qui échappent au système judiciaire belge. Le procureur a averti que cette dynamique alimente un cycle d'exploitation et de violence.

Par ailleurs, plus de 80 condamnations pour fusillades et infractions liées à la drogue ont été suspendues en raison de la surpopulation carcérale. Un amendement récent du code pénal oblige désormais les juges à considérer l'emprisonnement comme dernier recours, privilégiant le travail d'intérêt général ou les amendes lorsque cela est possible. Les critiques estiment que la clémence pourrait encourager les gangs, tandis que les défenseurs des droits humains dénoncent les conditions inhumaines des prisons belges.

Gouvernance fragmentée et coupes budgétaires

La crise est amplifiée par le paysage institutionnel notoirement fragmenté de la Belgique. Les compétences et les budgets sont partagés entre les autorités fédérales, régionales et communales, rendant difficile toute action coordonnée. La coalition de droite dirigée par Bart De Wever poursuit une réduction budgétaire de 10 milliards d'euros, une mesure qui menace d'éroder davantage les ressources de la police et des services sociaux.

Même les fonctions administratives de base souffrent de la duplication. La Belgique, par exemple, compte cinq ministres distincts de l'environnement et du climat à différents niveaux de gouvernement, symptôme d'une décentralisation qui freine les réponses politiques rapides.

Mobilisation citoyenne

Les habitants ont commencé à s'organiser. Environ 500 personnes se sont rassemblées sur une place de Saint‑Gilles pour exprimer leur frustration, refusant de céder à la « peur et à l'impuissance ». Leur manifestation a mis en lumière la réalité quotidienne de vivre sous l'ombre de gangs capables de générer jusqu'à 50 000 € par jour en un seul lieu.

Les représentants syndicaux et les groupes communautaires réclament une augmentation substantielle du personnel d'enquête et une ligne budgétaire dédiée à la lutte contre le crime organisé. Ils soutiennent que sans une stratégie claire et bien financée, la ville risque de devenir un laboratoire du règne des gangs.

Police sous tension

Parallèlement, la police est à bout de forces. La proximité du poste de police communal au marché du Parvis, où les dealers opèrent, a transformé le bâtiment en cible symbolique. Les résidents rapportent que les officiers semblent souvent réactifs plutôt que préventifs, perception qui alimente la méfiance.

Perspectives européennes

Les observateurs européens notent que la situation à Saint‑Gilles reflète les défis rencontrés dans d'autres grandes villes où les marchés de la drogue sont passés d'allées cachées à des places publiques. Le cadre de politique antidrogue de l'UE mise sur la réduction des risques et l'action coordonnée transfrontalière, mais la fragmentation nationale peut en atténuer l'efficacité.

Vers un avenir plus sûr

Pour l'instant, le quotidien des habitants de Saint‑Gilles consiste à naviguer dans un paysage où un nouveau-né peut être pris en charge dans un foyer qui reçoit également des livraisons de drogue, où les fenêtres d'une école peuvent être brisées par des bombes visant des bars voisins, et où le bruit des coups de feu n'est plus une anomalie.

Alors que la ville lutte contre le besoin immédiat de sécurité, les solutions à long terme devront s'attaquer aux causes profondes : pauvreté, marginalisation des migrants sans papiers et un système judiciaire surchargé. Sans une réponse concertée au niveau européen et national, les résidents de Saint‑Gilles risquent de continuer à subir le poids d'une guerre de la drogue qui semble de plus en plus éloignée des couloirs du pouvoir.

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