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Culture22 septembre 2026

Les contribuables européens supportent le coût croissant des catastrophes climatiques

Les sinistres liés au climat, du feu de la Villa del Prado aux inondations allemandes, pèsent de plus en plus sur les finances publiques et les ménages.

Les contribuables européens supportent le coût croissant des catastrophes climatiques

Le récit émouvant d'une habitante de Villa del Prado, dont la maison a été réduite en cendres après le plus grand incendie de forêt d'Espagne en juillet, illustre une tendance plus large : ce sont les Européens ordinaires qui financent la crise climatique, que ce soit via des primes privées ou les caisses publiques.

Un coût économique colossal

L'Agence européenne pour l'environnement estime que les dommages économiques directs causés par les catastrophes météorologiques dans l'UE ont atteint 822 milliards d'euros entre 1980 et 2024. Environ un quart de cette somme a été enregistré au cours des quatre dernières années, les inondations représentant près de la moitié du coût total.

Analyse de Bruegel

« Les risques climatiques sont réels et leur impact macro‑économique augmente », déclare Georg Zachmann, senior fellow au think‑tank bruxellois Bruegel. Son étude, réalisée avec ses collègues, a examiné comment les inondations, les sécheresses et les incendies de forêt ont mis à rude épreuve les budgets publics de six États membres entre 2021 et 2024.

En Belgique, les assureurs privés sont intervenus après les inondations de l'été 2021, couvrant entre 40 % et 90 % des pertes. Pourtant, les chiffres de l'EEA montrent qu'à l'échelle de l'UE, l'assurance privée n'a financé que moins d'un cinquième du total des dommages enregistrés depuis 1980.

Les inondations de 2021 en Allemagne offrent un tableau contrasté : l'État a absorbé la majeure partie des coûts, mobilisant des fonds nationaux et européens d'urgence pour indemniser les ménages et les entreprises. Des dynamiques similaires sont apparues après les récents incendies en Espagne, où aucun versement d'assurance privée complet n'a été constaté.

Le secteur public, première ligne de défense

Ces exemples soulignent un fait simple : le secteur public constitue le filet de sécurité principal lorsqu'un événement météorologique extrême survient. À mesure que les risques climatiques deviennent plus difficiles à prévoir, les assureurs sont susceptibles d'augmenter les primes, surtout dans les zones à forte exposition, rendant la couverture privée moins abordable pour de nombreuses familles.

Bruegel avertit que les renflouements répétés du gouvernement peuvent créer un risque moral. « Les ménages et les entreprises ne souscrivent pas d'assurance parce qu'ils s'attendent à ce que l'État les indemnise », explique Zachmann. Lorsque l'argent public est détourné vers l'aide d'urgence, il ne peut plus être investi dans des mesures préventives qui réduiraient l'impact de la prochaine tempête ou inondation, créant ainsi une « spirale descendante » de coûts croissants.

Adaptation : un meilleur retour sur investissement

L'adaptation promet toutefois un rendement bien supérieur. Les Nations unies estiment que chaque milliard de dollars dépensé pour l'adaptation aux inondations côtières peut éviter 14 milliards de dollars de dommages. Pourtant, les dépenses de l'UE dans ce domaine restent modestes comparées à l'ampleur des pertes.

Initiatives européennes

En réponse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé lors de son récent discours sur l'état de l'Union une alliance d'assurance européenne. Ce dispositif vise à mutualiser les risques, à réduire les primes et à protéger les budgets nationaux des chocs financiers les plus graves liés aux intempéries.

La commissaire au Green Deal, Teresa Ribera, pousse également pour une réponse fiscale plus large. Elle propose d'émettre une dette publique à l'échelle de l'UE et d'instaurer une taxe sur les compagnies pétrolières afin de financer les coûts climatiques, un plan relayé par El País après les vagues de chaleur et les incendies estivaux.

Vers un nouveau paradigme

Même avec ces initiatives, Zachmann de Bruegel insiste sur le fait que « nous ne pouvons pas défendre le statu quo ». Il soutient que, à mesure que les impacts climatiques s'intensifient, les gouvernements devront peut‑être accepter des limites à la protection des actifs dans les régions les plus vulnérables, en favorisant éventuellement des programmes de relocalisation plutôt que des reconstructions infinies.

Pour les travailleurs et les ménages européens, le message est clair : le fardeau financier du changement climatique est déjà supporté et il augmentera tant que l'adaptation ne sera pas priorisée. Investir dans des digues, des coupe‑feux et des logements résilients peut rapporter plusieurs euros pour chaque euro dépensé, libérant ainsi les ressources publiques pour la santé, l'éducation et les services sociaux plutôt que pour l'aide d'urgence.

Le débat est lancé

La discussion porte désormais sur la manière dont l'UE allouera les coûts inévitables. Les contribuables continueront‑ils à financer des opérations de secours ponctuelles, ou un cadre d'assurance coordonné et un budget d'adaptation robuste rééquilibreront‑ils les choses, garantissant que l'argent dépensé aujourd'hui réduise la dévastation de demain ?

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