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Politique11 septembre 2026

Les élections suédoises pourraient consolider l'influence d'extrême droite au gouvernement

Le scrutin de dimanche, à l'affût d'une marge infime entre la coalition de centre‑droite et l'alliance de centre‑gauche, déterminera si les Démocrates suédois accéderont pour la première fois à des postes ministériels.

Les élections suédoises pourraient consolider l'influence d'extrême droite au gouvernement

La Suède se rend aux urnes ce dimanche avec une différence de quelques points entre la coalition de centre‑droite au pouvoir et l'alliance de centre‑gauche, et le résultat pourrait décider si les Démocrates suédois, parti largement qualifié d'extrême droite, obtiendront des postes ministériels pour la première fois.

Le rôle actuel de la coalition et des Démocrates suédois

Le Premier ministre Ulf Kristersson, du Parti modéré, a clairement indiqué qu'un gouvernement post‑électoral pourrait inclure les Démocrates suédois au sein du cabinet si son bloc obtient la majorité. Les Démocrates suédois soutiennent actuellement le gouvernement grâce à un accord de confiance et d'approvisionnement, mais ne détiennent aucun ministère. Leur éventuelle élévation au rang de partenaires à part entière marquerait un tournant historique dans la politique suédoise, où l'agenda anti‑immigration et nationaliste du parti passerait de la périphérie au centre de la prise de décision.

Kristersson dirige une coalition de quatre partis composée des Modérés, du Parti libéral, des Démocrates chrétiens et des Démocrates suédois. Ce dernier, malgré son nom inoffensif, siège avec les Conservateurs européens et les Réformistes au Parlement européen et est régulièrement qualifié par les analystes de formation d'extrême droite. Leur influence se fait déjà sentir dans plusieurs domaines politiques, même sans portefeuille ministériel.

Impact sur la politique migratoire, énergétique et de défense

Depuis les élections de 2022, le gouvernement suédois a considérablement durci ses règles migratoires. Les expulsions ont augmenté tandis que l'accueil des demandeurs d'asile a chuté à des niveaux historiquement bas. Les critiques soutiennent que le soutien des Démocrates suédois à la coalition a été un moteur clé de ce durcissement, marquant un éloignement de la réputation de longue date de la Suède comme hôte généreux de réfugiés.

La politique environnementale a également évolué. La Suède, autrefois saluée comme leader européen de la transition verte, a modifié son objectif énergétique 2040, passant de 100 % d'énergies renouvelables à 100 % d'énergies sans carbone, une définition qui inclut désormais le nucléaire. Ce changement a été inscrit dans l'accord de coalition façonné en partie par les Démocrates suédois. Alors que le gouvernement invoque des préoccupations de sécurité, notamment la nécessité de financer un budget de défense plus important face aux tensions régionales accrues, les opposants avertissent que cette mesure affaiblit les ambitions climatiques du pays.

Un autre signe de l'influence des Démocrates suédois est le récent rejet de projets d'éolien offshore en mer Baltique. Les autorités ont invoqué un risque d'interférence avec les systèmes de détection de missiles balistiques, une justification que de nombreux groupes environnementaux considèrent comme un prétexte pour protéger les intérêts des énergies fossiles et limiter la capacité renouvelable.

Le paysage électoral et les scénarios possibles

Les sondages montrent les deux blocs engagés dans une course serrée. L'alliance de centre‑gauche, dirigée par les sociaux‑démocrates et accompagnée des Verts, du Parti du Centre et du Parti de gauche, cherche à préserver le modèle de protection sociale suédois et son agenda climatique progressiste. Le bloc de centre‑droite, ancré par les Modérés et renforcé par les Démocrates suédois, argue qu'une posture de défense plus forte et une politique migratoire plus restrictive sont essentielles à la stabilité nationale.

Si le bloc de Kristersson remporte une majorité étroite, les Démocrates suédois pourraient se voir offrir des postes ministériels, probablement dans des domaines tels que l'immigration, la sécurité intérieure ou l'énergie, des portefeuilles en adéquation avec leur programme de base. Un tel développement donnerait au parti un contrôle direct sur la législation, dépassant l'influence déjà exercée via des accords informels.

À l'inverse, une victoire de la centre‑gauche maintiendrait les Démocrates suédois dans leur rôle actuel de soutien, limitant leur capacité à façonner directement les politiques tout en leur permettant de continuer à influencer le gouvernement grâce à l'accord de confiance et d'approvisionnement.

Implications européennes

L'élection suédoise est scrutée de près à travers le continent. Plusieurs États membres de l'UE ont observé des trajectoires similaires, où des partis autrefois marginaux ont intégré des coalitions gouvernementales, modifiant les politiques nationales en matière de migration, de climat et de finances. L'inclusion officielle des Démocrates suédois offrirait un exemple concret de la façon dont les partis d'extrême droite peuvent normaliser le partage du pouvoir au sein de démocraties établies.

Pour les travailleurs et les ménages européens, les enjeux sont tangibles. Un gouvernement plus restrictif sur la migration pourrait réduire la concurrence pour les emplois peu qualifiés, mais aussi limiter le bassin de main‑d'œuvre nécessaire dans des secteurs en tension, comme la santé et la construction. Des changements de politique énergétique favorisant le nucléaire et limitant l'éolien offshore pourraient impacter les prix de l'électricité et le rythme de la décarbonation, avec des répercussions pour l'industrie et les consommateurs.

Les syndicats ont déjà exprimé leurs inquiétudes. La Confédération suédoise des employés (TCO) a averti qu'un cabinet dirigé par les Démocrates suédois pourrait éroder les droits des travailleurs, notamment si le parti pousse à des mesures de sécurité plus strictes affectant l'emploi dans le secteur public. La Confédération suédoise des syndicats (LO) a fait écho à ces craintes, liant le durcissement des règles migratoires à un affaiblissement potentiel du pouvoir de négociation collective.

Les organisations patronales, en revanche, soutiennent qu'un gouvernement stable et axé sur la sécurité pourrait renforcer la confiance des investisseurs, surtout dans les secteurs de la défense et des infrastructures énergétiques. La Confédération des entreprises suédoises (Svenskt Näringsliv) a suggéré qu'une orientation claire vers le nucléaire pourrait attirer des investissements étrangers et aider à atteindre les objectifs de sécurité énergétique du pays.

Quelles perspectives ?

Quel que soit le résultat, l'élection mettra à l'épreuve la durabilité de la tradition libérale suédoise. Si les Démocrates suédois obtiennent des postes ministériels, cela pourrait signaler une acceptation plus large des idées d'extrême droite au sein du courant politique dominant, encourageant des partis similaires dans d'autres États membres à rechercher des accords formels de partage du pouvoir.

Les institutions européennes surveilleront probablement la situation de près. La Commission européenne a déjà rappelé que les États membres doivent respecter les valeurs de l'UE, notamment les droits humains et l'État de droit. Tout glissement perçu vers des politiques contraires à ces principes pourrait déclencher des débats au Parlement européen et affecter la position de la Suède dans les instances décisionnelles de l'UE.

Pour l'instant, les électeurs suédois décideront dimanche s'ils souhaitent soutenir une coalition qui pourrait offrir aux Démocrates suédois une place à la table ou réaffirmer une alliance de centre‑gauche qui promet de maintenir le pays sur sa trajectoire progressiste. Le résultat façonnera non seulement la politique intérieure, mais servira également de baromètre pour l'évolution de l'influence d'extrême droite à travers l'Europe.

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