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Politique07 septembre 2026

Les pays de l'UE se rapprochent de la création de hubs de retour pour migrants hors du bloc

Le Danemark, les Pays‑Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Grèce passent de la discussion à la planification concrète de centres de traitement des migrants dont les demandes d’asile ont été rejetées.

Les pays de l'UE se rapprochent de la création de hubs de retour pour migrants hors du bloc

Le Danemark, les Pays‑Bas, l'Allemagne, l'Autriche et la Grèce ont fait passer l'idée de « hubs de retour » du stade de la discussion à celui de la planification concrète, avec pour objectif d'établir des installations hors de l'Union européenne où les migrants dont les demandes d'asile ont été rejetées pourront être traités en vue de leur renvoi.

Un concept approuvé par le Parlement européen

Le concept, approuvé par le Parlement européen et la majorité des États membres plus tôt cette année, permet à un pays de l'UE participant de conclure un accord bilatéral avec un État non‑européen afin d'accueillir un centre qui recevra des personnes déjà soumises à une décision de retour. Le hub ne sera pas un camp de réfugiés mais un point de traitement destiné à accélérer les expulsions qui sont autrement bloquées parce que les pays d'origine refusent la répatriation ou parce que la logistique du retour est complexe.

Du pilote italien à un cadre européen élargi

L'Italie a été le premier pays à tester le modèle. En 2021, le gouvernement Meloni a signé un accord avec l'Albanie pour construire deux installations destinées à recevoir les migrants rejetés par les tribunaux italiens. Les transferts ont commencé début 2024, mais le dispositif a rapidement fait l'objet de recours juridiques de la part d'ONG et d'avocats spécialisés en droits humains, qui soutiennent que les sites albanais ne garantissent pas la protection contre le refoulement, principe interdisant le renvoi de personnes vers un pays où elles risquent la persécution.

Malgré la controverse, le nouveau règlement européen sur les hubs de retour a été adopté par une large majorité d'États membres et de parlementaires. Le président français Emmanuel Macron a publiquement critiqué l'idée, affirmant qu'elle était en contradiction avec les valeurs européennes, mais la législation a survécu à son opposition.

Cinq pays créent un groupe de travail

En septembre, les cinq États intéressés se sont réunis à Copenhague pour transformer la rhétorique politique en étapes opérationnelles. Aucun hub définitif n'a encore été annoncé, mais la réunion a produit un calendrier provisoire. Le ministre néerlandais de la Migration, Bart van den Brink, a déclaré que les Pays‑Bas publieront cet automne une liste restreinte de pays hôtes potentiels, tandis que son homologue danois, Morten Bødskov, a exprimé l'espoir que le premier centre puisse être opérationnel d'ici 2025.

Parmi les sites envisagés figurent le Rwanda, l'Ouganda et l'Ouzbékistan. Des représentants des cinq nations européennes ont visité Kigali en août pour discuter de l'option rwandaise avec les autorités locales.

Pourquoi le Rwanda est à l'ordre du jour

Le Rwanda possède déjà une expérience de prise en charge de migrants transférés depuis la Libye depuis 2019, et il avait auparavant négocié un accord controversé avec le Royaume‑Uni pour accueillir des demandeurs d'asile. Le plan britannique a été interrompu après que la Cour suprême du Royaume‑Uni l'a déclaré illégal en raison du risque que les personnes transférées soient ensuite envoyées vers des pays où elles pourraient être persécutées, violant ainsi le principe de non‑refoulement inscrit dans le droit international et les règles d'asile de l'UE.

Les responsables européens voient dans les infrastructures déjà existantes du Rwanda un avantage, mais l'obstacle juridique demeure. Tout hub doit garantir que les migrants ne seront pas envoyés vers un troisième pays où ils risqueraient la torture, des traitements inhumains ou d'autres graves violations des droits fondamentaux.

Préoccupations relatives aux droits humains et défis juridiques

Le Conseil de l'Europe, basé à Strasbourg, a averti les cinq pays que les hubs de retour pourraient compromettre les droits des migrants. Ses experts juridiques soulignent que l'obligation de l'UE de ne pas renvoyer des individus vers des lieux de danger ne peut être contournée en installant des centres de traitement à l'étranger.

Les organisations non gouvernementales partagent ce scepticisme. Amnesty International et plusieurs ONG européennes de défense des réfugiés ont lancé des campagnes qualifiant les hubs de « externalisation dangereuse de la responsabilité ». Elles soutiennent que le déplacement du point de traitement hors de l'UE crée une zone juridique grise où les normes sont plus difficiles à faire respecter.

L'Ouganda, autre candidat, a été écarté par les Pays‑Bas après des violations répétées des droits des personnes LGBTQ et d'autres préoccupations en matière de droits humains. La délégation néerlandaise a interrompu les discussions début 2024, invoquant le bilan du pays en matière de liberté d'expression et de protection des minorités.

Les universitaires en droit soulignent que tout hub doit être soumis à une surveillance rigoureuse, incluant un suivi indépendant des conditions et un reporting transparent sur les résultats. Sans ces garanties, les hubs pourraient devenir de facto des centres de détention avec un accès limité à l'assistance juridique ou aux mécanismes d'appel.

Implications pour la politique migratoire européenne

Si les hubs se concrétisent, ils pourraient transformer l'approche de l'UE face à la migration irrégulière. Les partisans affirment qu'ils allégeraient la pression sur les installations frontalières surchargées, réduiraient le nombre de dossiers de déportation en attente et marqueraient une posture plus ferme contre l'entrée irrégulière.

Les critiques rétorquent que les hubs ne traitent pas les causes profondes de la migration, telles que les conflits, le changement climatique et les inégalités économiques, et qu'ils risquent de transférer la charge de responsabilité vers des États pauvres, souvent autoritaires. Ils avertissent également que les hubs pourraient nuire à la réputation de l'UE en tant que défenseur des droits humains, surtout si les pays hôtes ne disposent pas de protections juridiques solides.

Coûts financiers et enjeux budgétaires

Pour les travailleurs et les contribuables, le coût financier constitue une question centrale. L'accord italo‑albanais aurait impliqué des millions d'euros d'infrastructures et de dépenses opérationnelles, avec peu de preuves de retours réussis. Des projets similaires pourraient nécessiter un financement public substantiel, soulevant des inquiétudes quant à l'allocation de ressources qui pourraient autrement soutenir des programmes d'intégration ou des services sociaux.

Prochaines étapes et calendrier

Dans les mois à venir, le groupe de travail des cinq pays devrait produire une proposition détaillée décrivant le cadre juridique, les mécanismes de financement et les structures de contrôle pour tout hub. La Commission européenne examinera probablement la proposition afin de garantir sa conformité au droit de l'UE, notamment à la Charte des droits fondamentaux et à la Convention européenne des droits de l'homme.

Si la proposition est adoptée, les parlements nationaux devront ratifier les accords bilatéraux avec les États hôtes choisis. Ce processus pourrait être long, compte tenu de la nécessité d'un examen parlementaire et des éventuels recours des organisations de la société civile.

Parallèlement, la Cour de justice de l'Union européenne doit entendre des affaires liées au pilote italo‑albanais, qui pourraient établir un précédent sur l'interprétation stricte du principe de non‑refoulement dans le contexte des centres de traitement externes.

Alors que le débat se poursuit, l'équilibre entre la gestion des flux migratoires et le respect des droits fondamentaux restera au cœur de la discussion. Le résultat aura des répercussions non seulement pour les migrants pris dans le système, mais aussi pour la perception globale de l'engagement de l'UE envers des politiques d'asile humaines.

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