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Vol. XV · N°258
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Europe08 septembre 2026

Les plantes méditerranéennes prospèrent dans les villes belges alors que la chaleur urbaine transforme la flore

Un phénomène d’expansion des espèces du Sud s’observe à Bruxelles et dans tout le pays, alimenté par les îlots de chaleur et les déplacements humains.

Les plantes méditerranéennes prospèrent dans les villes belges alors que la chaleur urbaine transforme la flore

Roosmarijn Steeman, botaniste à l'Université de Bruxelles, s'est récemment agenouillée sur le trottoir d'une ville et a constaté qu'un buisson de grenadier poussait entre les fissures. Quelques semaines plus tard, elle a remarqué un palmier dattier florissant sur le même trottoir. Ces deux découvertes s'inscrivent dans le cadre de FloraBru, un projet de quatre ans visant à cartographier chaque plante sauvage qui pousse dans la capitale.

Un phénomène généralisé

Steeman affirme que le phénomène n'est pas isolé. "Nous voyons de nombreuses plantes méditerranéennes très bien s'établir à Bruxelles", a-t-elle déclaré à UnionPress. L'explication réside dans l'effet d'îlot de chaleur urbain : le béton et l'asphalte emmagasinent la chaleur solaire le jour et la restituent lentement la nuit, maintenant les températures de la ville plus élevées que celles de la campagne environnante. Des hivers plus doux et la présence d'espaces pierreux conviennent également aux espèces habituées aux habitats rocheux de la Méditerranée.

Du grenadier à l'avocatier

D'autres exemples émergent à travers la Belgique. Le "baby's tears", petite plante originaire de Sardaigne et de Corse, apparaît désormais à Bruxelles, Gand, Anvers et même le long de la bande côtière plus tempérée. Le petit chiendent, originaire d'Afrique du Nord, du sud‑ouest de l'Asie et du sud de l'Europe, a été relevé sur des sites urbains en Belgique, au Royaume‑Uni, en Allemagne et en République tchèque. En 2022, le botaniste James Wong a signalé un avocatier poussant dans un jardin londonien, soulignant la distance parcourue par les espèces à climat chaud.

Un regard nuancé

Si les médias associent souvent ces arrivées directement au changement climatique, Filip Verloove, spécialiste des plantes non indigènes au Jardin botanique de Meise, met en garde contre une vision simpliste. "Le réchauffement climatique crée le contexte qui leur permet de fructifier, mais la plupart des plantes sont en réalité très immobiles", explique-t-il. "J'ai vu des mauvaises herbes qui n'arrivent même pas à se propager de l'autre côté d'un champ."

Comment les graines se déplacent vers le nord

La nature joue un rôle. Une étude de 2025 publiée par la Royal Society, utilisant des traceurs GPS sur des grives, a montré que ces oiseaux peuvent transporter des graines charnues sur des dizaines voire des centaines de kilomètres, agissant ainsi comme un service naturel de dispersion.

Cependant, l'activité humaine reste le vecteur dominant. Les graines s'accrochent aux vêtements, aux chaussures, aux pneus de voiture et aux innombrables voyages internationaux que les Européens effectuent chaque année. Steeman a identifié un schéma clair sur les campings côtiers belges : les vacanciers voyagent vers le sud avec leurs tentes et caravanes, puis reviennent au nord, répandant involontairement des graines sur les roues de leurs véhicules et leurs lacets.

Le rôle du jardinage ornemental

Le jardinage ornemental contribue également. "Il y a plusieurs plantes ornementales qui ont été importées pour orner les jardins, mais qui sont depuis devenues sauvages et se propagent d'elles‑mêmes", note Verloove. Le buddleia, apprécié pour ses fleurs colorées, illustre ce risque. "Nous ne les percevons pas toujours comme une menace, parce qu'elles sont si belles", ajoute Steeman, "mais si nous ne les retirons pas, elles peuvent envahir les interstices entre les pierres et même endommager les bâtiments."

Les routes commerciales comme vecteur

Les routes commerciales offrent une autre voie d'introduction. Les espèces non indigènes arrivent souvent cachées dans des cargaisons agricoles comme les céréales. Au port de Gand, Verloove a observé plusieurs mauvaises herbes sud‑africaines près des quais à grain, bien que la Belgique n'importe jamais directement de céréales d'Afrique du Sud. Des investigations ont révélé que ces mauvaises herbes colonisaient d'abord la ceinture céréalière de l'Australie occidentale après un commerce avec l'Afrique du Sud, puis embarquaient sur les exportations de grain australien à destination de l'Europe.

Cette découverte suggère que les données commerciales pourraient devenir un outil prédictif des invasions végétales. En surveillant la flore des principaux partenaires d'exportation d'un pays, les botanistes pourraient anticiper quelles espèces sont susceptibles d'apparaître dans les ports européens avant même d'être observées sur le terrain.

Enjeux pour les décideurs européens

Pour les responsables politiques, la propagation des plantes à climat chaud soulève plusieurs inquiétudes. Si certains nouveaux arrivants peuvent enrichir la biodiversité urbaine, d'autres menacent les espèces indigènes, modifient la chimie du sol et même détériorent le patrimoine historique en endommageant les pierres. Les urbanistes et les autorités locales devront peut‑être intégrer une surveillance régulière dans la gestion des espaces verts, allouer des ressources pour l'élimination précoce des ornementaux envahissants et coopérer avec les douanes afin de renforcer les contrôles phytosanitaires sur les cargaisons à haut risque.

Mobiliser le public

La sensibilisation du public est également cruciale. Les citoyens qui profitent des randonnées du week‑end ou des vacances à la mer peuvent aider en nettoyant leurs chaussures et les pneus de leurs véhicules avant de rentrer, réduisant ainsi le transport accidentel de graines. Les groupes communautaires et les plateformes de science citoyenne pourraient jouer un rôle dans le signalement de nouvelles observations, alimentant des projets comme FloraBru et permettant des réponses plus rapides.

Alors que les villes européennes continuent de se réchauffer et de s'étendre, la frontière entre jardins cultivés et habitats sauvages s'estompe. Les résultats de FloraBru nous rappellent que les écosystèmes urbains sont dynamiques, façonnés non seulement par le climat mais aussi par les déplacements quotidiens des personnes, des marchandises et des oiseaux. La manière dont l'Europe gérera cet afflux botanique influencera la biodiversité, le patrimoine et la résilience des espaces verts urbains pour les années à venir.

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