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Économie08 septembre 2026

La commission européenne de la protection animale retarde l'interdiction des cages après le lobbying du secteur

Après plus d’un million de signatures, la Commission n’a pas inscrit l’interdiction des cages dans son programme 2024, au profit de réunions avec l’industrie de l’élevage.

La commission européenne de la protection animale retarde l'interdiction des cages après le lobbying du secteur

Les fonctionnaires de la Commission européenne n'ont toujours pas tenu leur promesse de 2021 d'interdire les cages pour les animaux d'élevage, un retard qui suit une série de réunions avec le secteur de l'élevage plutôt qu'avec les organisations de défense animale.

Une initiative citoyenne massive

L'Initiative citoyenne européenne (ICE) "End the Cage Age" a recueilli plus de 1,4 million de signatures et le soutien de plus de 170 organisations, appelant à une interdiction totale des cages pour les poules pondeuses, les lapins, les cailles, les canards, les oies, les porcs et les veaux. Un sondage Eurobaromètre de 2023 a montré que 84 % des Européens souhaitent un meilleur bien‑être des animaux d'élevage et que 60 % seraient prêts à payer davantage pour cela. L'Autorité européenne de sécurité des aliments a également recommandé d'abandonner les systèmes de cages pour les poulets de chair et les poules pondeuses.

En réponse, la Commission avait annoncé qu'elle proposerait une législation d'ici la fin 2023 pour supprimer progressivement, puis interdire, l'usage des cages. Le Parlement européen a ensuite voté massivement en faveur de l'initiative. Le délai est passé et l'interdiction a été omise du programme de travail 2024 de la Commission.

Les organisateurs de l'ICE ont saisi la Cour de justice de l'Union européenne afin de tenir la Commission responsable. L'affaire est toujours en attente.

Des réunions dominées par l'industrie

Depuis sa prise de fonction en décembre 2024, le commissaire à la santé et à la protection animale, Olivér Várhelyi, a tenu 60 réunions sur les questions de bien‑être animal. Le média d'enquête Follow the Money indique que seulement neuf de ces réunions, soit 15 %, concernaient des acteurs de la société civile comme les organisateurs de l'ICE et des ONG sans intérêts commerciaux dans l'élevage sans cage.

Les 51 réunions restantes ont principalement réuni des représentants des secteurs de la viande, des produits laitiers et de la volaille, les industries qui supporteraient le coût de la fin de l'élevage en cage. Un fonctionnaire cité par Lighthouse Reports a déclaré que, après ces consultations, l'attitude de la Commission à l'égard de la législation était "extrêmement négative".

Les demandes de détails sur ces réunions ont été refusées par la Commission, qui a fait valoir que la divulgation pourrait exposer le processus décisionnel à des "influences extérieures". L'avocate des droits des animaux Anna Mulà Arribas a critiqué ce refus, soulignant que le manque de transparence empêche d'évaluer comment la Commission équilibre la pression industrielle avec les souhaits des millions de signataires de l'ICE.

Réactions politiques et perspectives

"Si le bien‑être animal est réellement une priorité, le premier commissaire européen de la protection animale doit écouter les organisations de protection animale et les agriculteurs soucieux de la nature, pas seulement les lobbyistes des agro‑entreprises motivés par le profit", a déclaré Debbie Tripley, directrice des campagnes mondiales de Compassion in World Farming, qui a mené l'ICE.

Des membres du Parlement européen ont également exprimé leurs inquiétudes. Anja Hazekamp, du groupe La Gauche, a averti que le calendrier actuel de la Commission ne couvre que les poules pondeuses et les truies, laissant les canards, les oies, les cailles, les lapins et les veaux sans proposition concrète. Elle a ajouté que les "liens étroits" de Várhelyi avec l'industrie traduisent un manque d'ambition pour la réforme du bien‑être animal.

Dans sa récente stratégie pour l'élevage, la Commission a annoncé un examen des règles de bien‑être pour les poules et les poulets de chair en 2026 et pour les porcs en 2027, avec un projet de loi sur les volailles attendu d'ici la fin de l'année. Les critiques estiment que ces mesures sont trop limitées et que l'interdiction plus large promise par l'ICE demeure absente.

Enjeux pour les consommateurs et les travailleurs

Le retard signifie que la majorité des 300 millions d'animaux d'élevage confinés dans des cages à travers l'UE continueront à vivre dans des conditions opposées à une large partie du public. Pour les travailleurs du secteur, la transition vers des systèmes sans cage soulève des questions de coûts, de compétitivité et de mesures d'accompagnement pour éviter les pertes d'emplois.

Les représentants syndicaux demandent un calendrier clair et une aide financière pour les agriculteurs prêts à passer à des systèmes de bien‑être supérieur, arguant que sans ce soutien l'industrie résistera au changement et que l'UE manquerait une occasion de montrer la voie en matière d'agriculture durable.

Vers une nouvelle dynamique à Bruxelles ?

Alors que l'affaire devant la Cour de justice progresse, les prochains mouvements de la Commission seront scrutés de près par les groupes de défense animale et le lobby agro‑industriel. La question demeure de savoir si l'UE alignera enfin sa législation sur l'appétit du public pour un meilleur bien‑être animal, mais le schéma de réunions dominées par l'industrie laisse entendre qu'une percée nécessitera un rééquilibrage des influences à Bruxelles.

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