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Économie07 septembre 2026

Letta alerte : l'Europe doit achever le marché unique pour retenir ses scale‑ups face à la Chine et aux États‑Unis

Enrico Letta explique que la fragmentation du marché européen pousse les entreprises prometteuses à être absorbées par leurs concurrentes américaines et chinoises.

Letta alerte : l'Europe doit achever le marché unique pour retenir ses scale‑ups face à la Chine et aux États‑Unis

Enrico Letta, ancien Premier ministre italien et président de l'Institut Jacques Delors, a déclaré à UnionPress que l'incapacité de l'Europe à offrir un véritable marché unique oblige ses entreprises les plus prometteuses à être englouties par leurs rivales aux États‑Unis et en Chine.

Un entretien exclusif

Dans une interview exclusive, Letta, qui est également doyen de l'IE School of Politics, Economics and Global Affairs, a averti que la phase de scale‑up, moment où les start‑ups deviennent soit des acteurs mondiaux soit disparaissent, est aujourd'hui un piège mortel pour de nombreuses firmes européennes. "Si nous maintenons un marché divisé le long de 27 frontières nationales, nous continuerons à perdre des scale‑ups", a‑t‑il déclaré.

Le marché unique, moteur de croissance manquant

Ces remarques s'appuient sur un rapport publié plus tôt cette année par son think‑tank basé à Bruxelles, l'Institut Jacques Delors. Le document, qui a influencé l'agenda récent de la Commission européenne en matière de marché unique, soutient que la taille devient plus que jamais cruciale dans des secteurs tels que les véhicules électriques, la machinerie avancée, la santé et la biotechnologie.

"La Chine et les États‑Unis bénéficient d'un marché déjà intégré au niveau national", explique Letta. "Les entreprises européennes doivent rivaliser sur un patchwork fragmenté, ce qui rend beaucoup plus difficile l'obtention des économies d'échelle nécessaires à la concurrence mondiale."

Le rapport qualifie la pression concurrentielle actuelle de "China Shock 2.0", en référence au bond technologique rapide de la Chine depuis le "China Shock" du début des années 2000. Letta a souligné que les lourds investissements de l'État chinois dans la health‑tech et la biotech transforment désormais ces secteurs, laissant les firmes européennes vulnérables.

Pourquoi les scale‑ups fuient

Selon Letta, le principal attrait pour les entrepreneurs européens est l'accès à un marché de la taille des États‑Unis ou de la Chine. "Aux États‑Unis, une start‑up peut toucher un marché de 330 millions de consommateurs sans faire face à 27 régimes réglementaires différents", note‑t‑il. "La Chine offre un financement massif soutenu par l'État, un marché intérieur de plus d'un milliard de personnes et un environnement politique qui favorise le scaling rapide."

En Europe, les entreprises doivent souvent naviguer à travers 27 ensembles de règles fiscales, de législations du travail et de normes de produit avant de pouvoir vendre à l'échelle du continent. Le coût et le fardeau administratif qui en résultent, selon Letta, poussent beaucoup d'acteurs à chercher la croissance ailleurs ou à accepter des offres d'acquisition de concurrents étrangers.

Il cite les récentes acquisitions de start‑ups biotech européennes par des investisseurs américains et chinois comme preuve que la tendance s'accélère.

Volonté politique et échéances à venir

Letta estime que l'UE dispose d'une fenêtre étroite pour agir. Le "régime 28", proposition de la Commission européenne visant à instaurer un ensemble unique de règles commerciales pour l'ensemble du bloc, doit être adopté avant la fin de l'année. Il se montre confiant que les États membres se rallieront autour de l'agenda compétitivité, malgré leurs désaccords sur la migration, le budget et la localisation des organes de supervision.

"Nous constatons déjà un large consensus sur la nécessité d'un code commercial unique pour l'UE", affirme Letta. "Les différends restants sont surtout politiques et émotionnels, pas économiques, concernant le marché unique."

Il renvoie à l'état de l'Union qui sera prononcé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 16 septembre, comme moment crucial. "Si la Commission peut présenter une trajectoire claire qui renforce le marché unique, cela enverra un signal aux investisseurs que l'Europe est sérieuse à protéger ses propres scale‑ups", ajoute-t‑il.

Réactions syndicales et industrielles

Les syndicats européens ont salué l'appel à une intégration plus profonde, arguant qu'un marché plus vaste pourrait également améliorer les droits des travailleurs en établissant des normes européennes communes. La Confédération européenne des syndicats (CES) a déclaré qu'un marché unifié aiderait à éviter une course au plus bas en matière de salaires et de conditions.

Les organisations industrielles, toutefois, ont averti que l'harmonisation des règles ne suffirait pas. Le European Round Table of Industrialists (ERT) a souligné la nécessité de mesures d'accompagnement telles qu'un meilleur accès au capital risque, un marché du travail plus flexible pour les talents hautement qualifiés et un agenda de recherche coordonné à l'échelle de l'UE.

Letta a reconnu ces points, précisant que l'intégration du marché doit s'accompagner d'"un écosystème d'innovation robuste, d'un meilleur financement et du développement des compétences" pour permettre réellement aux entreprises européennes de concurrencer à grande échelle.

Perspectives d'avenir

Si l'UE parvient à adopter le régime 28 et à approfondir l'intégration du marché, Letta estime que l'Europe pourrait conserver une part plus importante de ses propres entreprises high‑tech et réduire sa dépendance au capital étranger. "L'alternative est une Europe qui regarde ses entreprises les plus prometteuses disparaître de l'autre côté de l'Atlantique ou à Pékin", a‑t‑il averti.

Les critiques soutiennent que la machinerie bureaucratique de l'UE pourrait peiner à mettre en œuvre les réformes nécessaires assez rapidement, surtout que la concurrence mondiale s'intensifie. Néanmoins, le message de Letta est clair : sans un véritable marché unique, l'Europe risque de perdre la prochaine génération d'innovateurs au profit de rivaux qui bénéficient déjà des avantages de l'échelle.

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