Le fonds de compétitivité de l'UE suscite un avertissement américain sur les règles « Made in Europe »
Les États‑Unis ont exprimé leurs craintes face à la préférence accordée aux projets européens dans le nouveau fonds de compétitivité de l'Union.

Les responsables de l'Union européenne font face à une dispute diplomatique après que les États‑Unis ont envoyé une note informelle exprimant leur inquiétude concernant le futur fonds de compétitivité du bloc, qui favorisera les projets basés en Europe.
Un fonds au cœur de la stratégie industrielle
Ce projet de fonds, intégré à la stratégie industrielle plus large de l'UE, vise à canaliser des fonds publics vers des secteurs stratégiques tels que la fabrication avancée, l'énergie propre et les technologies numériques. Selon la proposition, l'éligibilité à certains appels pourrait être conditionnée à l'implantation du demandeur au sein de l'Union, une clause que les États‑Unis perçoivent comme un obstacle pour leurs entreprises désireuses d'investir ou de fournir aux projets européens.
Les États‑Unis tirent la sonnette d'alarme
Dans la correspondance entre Washington et Bruxelles, les Américains soutiennent que la règle obligerait les investisseurs américains à renoncer au financement ou à délocaliser leur production sur le continent, accordant ainsi un avantage injuste aux entreprises européennes. La lettre avertit également que, si l'UE ne modifie pas la clause de préférence, les États‑Unis pourraient répondre par des restrictions réciproques à l'encontre des exportateurs européens.
« Les entreprises américaines pourront toujours investir en Europe », a déclaré un haut fonctionnaire de l'UE, « mais elles ne seront peut‑être pas éligibles aux subventions spécifiques liées à la règle de préférence ». Le responsable a ajouté que l'UE espère que le fonds stimulera les chaînes d'approvisionnement domestiques, réduira la dépendance aux sources extérieures et renforcera l'autonomie stratégique.
Possibles solutions et coût de l'association
Une voie proposée par les États‑Unis est un accord d'association qui permettrait aux entreprises américaines de participer sur un pied d'égalité avec les firmes européennes. Des arrangements similaires existent pour le Canada et le Royaume‑Uni sous Horizon Europe, le programme de recherche de l'UE, où les partenaires contribuent financièrement pour obtenir l'accès.
Cependant, les États‑Unis ont indiqué ne pas vouloir apporter de contribution financière. « Nous ne voulons pas payer pour faire partie d'un fonds qui est essentiellement une subvention pour les concurrents européens », indique la note américaine. L'UE se retrouve alors devant un dilemme : abandonner l'élément de préférence, ouvrir le fonds aux entreprises américaines sans contribution, ou risquer un différend commercial.
Enjeux pour les travailleurs et les chaînes d'approvisionnement
Pour les entreprises européennes, la règle de préférence pourrait entraîner une refonte des chaînes d'approvisionnement. Un entrepreneur allemand développant un projet haute technologie reposant sur des composants fabriqués aux États‑Unis pourrait être contraint de se tourner vers des fournisseurs situés dans l'UE afin de prétendre au financement. Cela créerait de nouvelles opportunités pour les fournisseurs locaux, mais pourrait aussi augmenter les coûts et retarder les calendriers si les alternatives ne sont pas immédiatement disponibles.
Les syndicats du continent ont salué la perspective d'une politique industrielle domestique plus forte, arguant qu'elle pourrait protéger les emplois dans les secteurs stratégiques et réduire l'exposition du bloc aux chocs externes. Ils avertissent toutefois que toute hausse des coûts de production pourrait être répercutée sur les consommateurs, surtout si les entreprises sont obligées de remplacer des intrants importés moins chers.
Fissures entre Paris et Berlin
Le différend met en lumière une ligne de fracture croissante entre Paris et Berlin, deux des plus fervents défenseurs de la souveraineté industrielle de l'UE. Les deux capitales soutiennent l'étiquette « Made in Europe », mais divergent sur la manière d'affronter la pression commerciale américaine. La France a indiqué qu'elle était prête à défendre fermement la règle de préférence, tandis que l'Allemagne se montre plus prudente, redoutant des représailles qui pourraient nuire à son économie axée sur les exportations.
Perspectives et risques
Les analystes soulignent que les États‑Unis ont l'habitude d'utiliser des mesures commerciales pour protéger leurs propres industries, et cet avertissement s'inscrit dans cette logique. « Les États‑Unis sont un négociateur coriace et testeront les limites de la détermination de l'UE », a déclaré un commentateur senior du commerce qui suit les pourparlers transatlantiques depuis des années.
Si l'UE maintient la conception actuelle du fonds, elle devra surveiller de près les actions américaines. D'éventuels droits de douane de représailles sur l'acier, les automobiles ou d'autres produits européens pourraient rapidement affecter l'emploi dans les régions dépendantes de ces secteurs. À l'inverse, ouvrir le fonds aux participants américains sans contribution pourrait diluer l'objectif de favoriser l'innovation dirigée par l'Europe.
Prochaines étapes incertaines
Pour l'instant, les prochaines décisions de l'UE restent floues. La Commission européenne doit présenter le texte final du fonds de compétitivité d'ici la fin de l'année, après quoi les États membres débattront de l'équilibre entre autonomie stratégique et risque d'un choc commercial avec Washington. Le résultat façonnera non seulement l'avenir de l'industrie européenne, mais aussi la dynamique plus large des relations économiques UE‑États‑Unis.

