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Vol. XV · N°264
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Économie21 septembre 2026

Les ministres de l'UE débattront du budget 2028‑2034 et du plan industriel protectionniste

Les ministres des affaires européennes se réuniront le 22 septembre pour discuter du futur budget à long terme et du programme législatif 2027, tout en abordant la polémique autour du plan industriel « Made in Europe ».

Les ministres de l'UE débattront du budget 2028‑2034 et du plan industriel protectionniste

Les ministres des affaires européennes de l'Union se retrouveront le mardi 22 septembre pour débattre du prochain budget pluriannuel 2028‑2034, une étape clé avant le sommet du Conseil européen d'octobre. La séance accueillera également le dialogue annuel sur l'État de droit avec les candidats des Balkans occidentaux, Albanie, Monténégro, Macédoine du Nord et Serbie, et verra la Commission présenter son programme législatif 2027.

Des discussions budgétaires liées à de nouvelles sources de revenus

La « lettre d'intention » de la Commission sur l'agenda législatif 2027 relie ses priorités politiques, de la compétitivité à l'action climatique, à la nécessité d'un nouvel accord budgétaire d'ici la fin de l'année. Parmi les options de recettes à l'étude figurent une taxe sur les fuites de carbone, une hausse des droits de tabac et d'autres prélèvements destinés à financer les projets stratégiques du bloc.

Le programme comprend également une proposition visant à réduire les contraintes d'approvisionnement du marché unique, un paquet d'accélération des permis, des mesures de simplification pour les secteurs bancaire et du transport, une stratégie de sécurité européenne renouvelée, une Alliance d'assurance climatique et une Initiative européenne de l'eau. Tous ces éléments sont présentés comme des prérequis pour un budget capable de financer l'ambition de l'Union de rester compétitive dans une économie mondiale en rapide mutation.

Politique industrielle sous le feu des critiques

Le jeudi 24 septembre, les ministres du marché intérieur et de l'industrie se pencheront sur le soi‑disant Chips Act 2.0 et les nouvelles lignes directrices en matière de contrôle des fusions. Le débat portera aussi sur le Industrial Accelerator Act, un dispositif lancé en mars pour orienter les fonds publics vers les produits fabriqués en Europe dans des secteurs stratégiques, ainsi que sur le « 28e régime », un cadre juridique européen destiné à simplifier les opérations commerciales entre les États membres.

Le Industrial Accelerator Act est devenu un point de friction entre les États membres favorisant une approche protectionniste « Made in Europe » et ceux qui prônent un marché plus ouvert. La France, par exemple, a plaidé pour un traitement préférentiel des biens fabriqués en Europe, tandis que l'Allemagne et la Suède ont averti que des règles trop restrictives pourraient décourager les investissements étrangers et limiter les retombées économiques attendues du régime.

Des économistes de l'Institut de Kiel ont averti, dans un article de juillet, que la définition des « secteurs stratégiques » reste floue et que les restrictions sur le capital étranger, notamment en provenance de Chine, pourraient ne pas générer les gains économiques promis. « Des conditions excessivement lourdes peuvent décourager certains investissements et ainsi réduire les retombées que le régime cherche à promouvoir », ont‑ils écrit.

Contexte politique

Sur le plan politique, le président du Parti populaire européen, Manfred Weber, se rendra dans l'enclave espagnole de Ceuta le lundi 21 septembre avec le chef de l'opposition conservatrice espagnole, Alberto Núñez Feijóo. Leur visite vise à « européaniser » le débat sur l'agenda industriel et à faire pression sur le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez avant les discussions budgétaires.

En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz fait face à un test domestique après les récentes élections régionales à Berlin et en Mecklembourg‑Pocognane, tandis que la victoire de l'AfD en Saxe‑Anhalt soulève des questions sur son leadership. Un sondage publié la semaine dernière montre que 48 % des Allemands ne s'attendent pas à ce que Merz reste chancelier au-delà de 2026, un sentiment qui pourrait compliquer la coalition de la CDU avec le SPD de centre‑gauche.

Contexte international plus large

En dehors de l'Europe, les États‑Unis et la Chine se préparent à un deuxième sommet cette année, le président Donald Trump et le président Xi Jinping devant se rencontrer à Washington jeudi. Les discussions porteront sur les différends tarifaires, la guerre en Iran et les tensions autour de Taïwan, des sujets qui résonnent inévitablement dans la politique commerciale de l'UE.

À l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le conflit ukrainien, la situation à Gaza et l'Iran domineront l'ordre du jour, soulignant les pressions géopolitiques qui façonnent les décisions de l'UE en matière de sécurité et de commerce.

Friction commerciale UE‑Chine

Parallèlement, l'UE se prépare à un dialogue commercial avec la Chine début octobre. Le commissaire au commerce, Maroš Šefčovič, rencontrera le ministre chinois du commerce, Wang Wentao, à Pékin les 8 et 9 octobre. Le bloc s'inquiète d'une hausse des exportations chinoises, d'un accès limité au marché chinois pour les entreprises européennes et des contrôles à l'exportation de Pékin sur les minéraux rares.

L'UE a fixé une échéance informelle pour octobre, avertissant que l'absence d'engagements crédibles de la part de la Chine pourrait déclencher des « mesures sévères » visant à rééquilibrer la relation commerciale. Le résultat de ces pourparlers pourrait influencer le futur budget, surtout si de nouvelles mesures protectionnistes s'avèrent nécessaires.

Implications pour les travailleurs et les ménages

Si le budget adopte la taxe sur les fuites de carbone ou la hausse des droits de tabac, les ménages pourraient voir une légère augmentation des prix des biens énergivores et des produits du tabac. Cependant, les recettes seraient affectées aux projets de transition verte, créant potentiellement des emplois dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique et les transports durables.

Les syndicats à travers le continent ont averti que des mesures protectionnistes, si elles ne sont pas calibrées avec soin, pourraient augmenter les coûts de production et pénaliser les consommateurs, notamment les ménages à faibles revenus. Ils soulignent toutefois qu'une politique industrielle forte pourrait protéger les emplois dans des secteurs comme la fabrication de semi‑conducteurs, où l'Europe risque de se laisser distancer par l'Asie et les États‑Unis.

Réactions du monde des affaires

Les organisations patronales estiment qu'un cadre clair et prévisible, incluant le 28e régime et la simplification des permis, renforcerait la confiance des investisseurs. Elles avertissent que des restrictions excessives sur le capital étranger pourraient pousser les investisseurs vers des juridictions plus accueillantes, sapant ainsi la compétitivité que l'UE cherche à protéger.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Après le débat du 22 septembre, la proposition budgétaire sera affinée et présentée au Conseil européen en octobre, où les chefs d'État auront le dernier mot. Le résultat fixera les paramètres fiscaux pour les sept prochaines années, influençant tout, du financement climatique aux programmes sociaux.

Parallèlement, les discussions sur la politique industrielle prévues le 24 septembre façonneront le paquet législatif que la Commission espère adopter en 2027. L'équilibre trouvé entre protectionnisme et ouverture deviendra probablement le test décisif de la capacité de l'UE à concilier autonomie stratégique et principes de libre circulation qui sous-tendent le marché unique.

Pour les travailleurs, les consommateurs et les entreprises, les semaines à venir détermineront si l'Europe s'oriente vers un modèle industriel plus isolé et dirigé par l'État ou maintient un marché ouvert et compétitif capable d'attirer les investissements tout en offrant des bénéfices sociaux. Les enjeux sont considérables, et les décisions prises aujourd'hui résonneront tout au long de la prochaine décennie de l'élaboration des politiques européennes.

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